mercredi 24 juin 2009

Les mots pour peindre

Joan Miro, Poème, 1968
Joan Miro, L'Or de l'azur, 1967.
Jacques Dupin et Joan Miro, Sorbes de la nuit d'été..., 1970.
Jacques Dupin et Joan Miro, Qui ravaude l'aigre tranchée..., 1970 (© succesio Miro)



La fondation Miro présente "Miro-Dupin : art et poésie". Soit la relation entre Jacques Dupin et l'artiste catalan, entre la poésie et la peinture. Des années d'amitié et d'échange artistique pour atteindre à l'alchimie entre les mots et la toile. A voir jusqu'au 18 octobre.


Longtemps Miro a côtoyé les poètes, Baudelaire, Cocteau, Prévert, Rimbaud... Il souhaitait lier sa peinture aux beaux vers, en faire une synchronie, une musique. Les titres de ses toiles tendaient déjà vers le poème (Le diamant sourit au crépuscule, 1947), et son amitié avec Dupin, rencontré à Barcelone en 1954, va consolider encore ce lien important entre l'image et les mots. Entre les traits colorés du peintre et les mots du poète. En 1961, Jacques Dupin (Ardèche, 1927), publie sa célèbre monographie Joan Miro, une oeuvre de référence aujourd'hui encore. Tous deux prolongent alors cette entente artistique en joignant le poétique au pictural. Les différents écrits sur l'art de Jacques Dupin, pour la galerie Maeght et la galerie Lelong, à Paris, font qu'il a l'habitude de rencontrer des artistes et d'aller dans leurs ateliers, c'est ainsi que se noue une véritable amitié avec l'artiste catalan. Dupin publie aussi des articles sur Miro dans différentes revues dont Derrière le miroir, jusqu'en 1981. Il organise des expositions partout dans le monde et contribue ainsi à la célébrité du peintre hors de l'Espagne. L'exposition présente les peintures et les sculptures de Joan Miro qui proviennent des fonds de la Fondation mais aussi des pièces issues de la bibliothèque personnelle de l'artiste mises en dépôt par ses héritiers en 2007. On pourra y découvrir des poèmes de Dupin. Toujours attiré par la poésie, la première partie de l'exposition montre l'intérêt de Miro pour cet art, ses premières oeuvres, figuratives, en sont déjà alimentées. Ainsi, ce sublime Portrait de petite fille (1919), qui pourrait être, par sa douceur et l'émotion qu'il dégage, une citation des nombreux portraits d'enfants peints par Pierre-Auguste Renoir (La petite fille à la gerbe, 1888).

La bibliothèque de Miro

Et, puis les livres et revues lus par Miro, des ouvrages sur la peinture, de la philosophie, des romans... Le coq et l'arlequin, de Jean Cocteau, L'Arbre des voyageurs, de Tristan Tzara, Poesias completas, du mystique San Juan de la Cruz (XVIe siècle)... William Blake ou Sade, Mallarmé, Jarry, Nietzsche... Et d'autres lectures encore qui montrent la passion de Joan Miro pour les mots. Ce solitaire, peu enclin aux bavardages et aux mondanités, préférait s'imprégner de poésie pour en faire plus tard une nouvelle peinture, une sculpture. Dupin, couronné en 1988 du Grand Prix national de la poésie, crée avec excellence une forme d'écriture automatique et de « cadavre exquis » chers à Breton et à ses amis du surréalisme. Au final, une poésie qui s'accorde sans failles avec les touches de couleurs de Miro où le surnaturel convoque toujours le rêve, où les éléments du quotidien s'acoquinent avec le céleste, les étoiles, le soleil... si importants dans toute son oeuvre (Le soleil le dos tourné..., et Sous le couvert la nuit venue..., Miro et Dupin, 1970, pour les deux oeuvres). Une alchimie entre deux artistes qui fonctionne à merveille pour le plus grand plaisir de celui qui lit et observe. Deux hommes au service de leur imagination, tout simplement.


© Corinne Bernard - Juin 09 -


Exposition visible jusqu'au 18 octobre 2009 à la Fondation Joan Miro, parc du Montjuic, Barcelone.


lundi 6 avril 2009

Cildo Meireles




 

Le MACBA consacre une expo-monument à l'artiste brésilien Cildo Meireles. Une invitation à un voyage fascinant à travers des installations et sculptures qui peuvent parfois dérouter. C'est jusqu'au 26 avril.

 

Marcher sur du verre, pénétrer dans une pièce rouge ou une autre recouverte de talc et imprégnée d'une odeur qui dérange (le mercaptane, un parfum utilisé pour odoriser le gaz. Volatil, 1980-1994). Les installations de Cildo Meireles (Rio de Janeiro, 1948) peuvent plaire mais aussi provoquer un certain malaise. C'est comme jouer avec le feu. Elles demandent au spectateur sa participation et convoquent quelques-unes de nos peurs profondes (le noir, le gaz, les barbelés...). Cildo Meireles est l'un des premiers artistes à créer des installations dès la fin des années 60. Il choisit les matériaux de l'urbanité telles que le verre, les barbelés ou le cellophane, pour A travers (1983-1989). Une salle de 175 m2 faite d'un dédale d'obstacles posés sur une mer de verre brisé, au centre de l'oeuvre, une boule énorme de cellophane froissé. L'artiste compare le cellophane à une sorte de vitre malléable que l'on peut utiliser comme un sculpteur l'argile ou la glaise. L'installation la plus ludique est sans doute celle que nous nommons « la chambre rouge ». Il ne s'agit pas d'un boudoir mais d'une pièce monochrome où le moindre objet est rouge. Canapé, bureau, télévision, ordinateur, étagères, tableaux, cendrier, vaisselle, aquarium (et poissons!)... Déviation vers le rouge (1967-1984) nous conduit ensuite vers une pièce contiguë, noire. Seule une énorme tache rouge sur le sol  guide vers un puits de lumière au-dessous duquel on aperçoit un lavabo penché qui distille une eau... rouge. Glovetrotter (1991), c'est une maille d'acier inoxydable identique à celle utilisée pour les gants de boucher. Un métal qui recouvre des sphères de toutes les tailles pour une représentation des traversées maritimes des Portugais et des Espagnols à l'époque de la conquête du Nouveau Monde. Une sorte de Nouveau Monde aussi car on peut imaginer la surface d'une planète inconnue. Un nouvel espace. 

S'immiscer dans l'oeuvre

Une installation troublante et moins abstraite nous conduit à réfléchir sur les conséquences dévastatrices des colonies conduites par les missionnaires jésuites en Amérique du Sud ( Missions, comment construire des cathédrales, 1987). Au final, une oeuvre arborescente, symbolique, constituée de 2000 os pour les branches, d'un sol de 600 000 pièces de monnaies et d'un tronc formé par 800 hosties, soit la colonne vertébrale des Jésuites. La dernière oeuvre, présentée dans la capilla du MACBA, s'intitule Babel (2001) en hommage à la tour biblique. Il s'agit d'une tour de cinq mètres de haut formée par 700 radios de toutes les époques, branchées sur des ondes différentes. Une cacophonie où l'on ne distingue aucune langue. Installée dans la pénombre, la multitude de commandes rouges lumineuses lui donnent des airs futuristes. L'artiste brésilien aime évoquer les origines, les drames, la peur... Mais cette grande exposition (qui a déjà été présentée à Londres, et bientôt aux Etats-Unis et au Canada) ne rassemble pas un catalogue malsain sinon une réflexion sur certains faits historiques et leur incidence sur l'art. Chaque installation, exceptée la subversive Volatil, produit un effet positif. Cildo Meireles surprend quelle que soit sa démarche. Amuser ou déranger. Le spectateur participe, s'immisçant dans l'oeuvre.


© Corinne Bernard - avril 2009.


Exposition visible au MACBA, Barcelone, jusqu'au 26 avril, de 11h à 19h30. Samedis, de 10h à 20h, dimanches et fériés, de 10h à 15h. Fermé le mardi.

mardi 17 mars 2009

Narcisse et ses étoiles

                                  ©Horst P. Horst, Coco Chanel, 1937.

                                 © Paul Strand, Rebecca, 1923.

                                     © Yousuf Karsh, Alfred Hitchcock, 1960.

                                           © Ruth Orkin, Robert Capa, 1953.


                                  © Robert Doisneau, Colette aux sulfures, 1950.

(La Vision del otro, la modernidad y el rostro fotografico, expo à la galerie Kowasa).



La galerie Kowasa offre une série de portraits des années 30 à 60, pour la plupart de célébrités telles que Hitchcock ou Chanel. Une expo éblouissante où les visages sont croqués par une cinquantaine de photographes tout aussi notoires avec des images de Strand, Doisneau ou Horst.


Le rêve de Narcisse se réalise enfin avec le portrait en photographie. Le véritable reflet. Avant ça, la peinture ne fait qu'imiter, reproduire. La photo résout le problème de la similitude en offrant la copie conforme. Les visages apparaissent tels qu'ils sont, avec leur traits, leurs rides, leurs pores, leurs cicatrices... toutes ces marques auparavant gommées par les peintres de portraits. Au XXe siècle, le portrait photographique acquiert ses lettres de noblesses à travers l'objectif des plus grands : Halsman, Sudek, Strand, Horst... Il est une forme de reflet social, il immortalise les gens du quotidien mais aussi, et c'est là, la nouveauté, les célébrités. Désormais, les acteurs, les peintres, les écrivains, les musiciens ont chacun leur portrait. Ils sont diffusés dans les magazines tels que "Life". Tous ces visages entrent dans les foyers des plus modestes et font rêver. La photo les rend accessibles. Les célébrités deviennent des icônes photogéniques que l'on peut acheter dans le kiosque du coin. Horst P. Horst photographie Coco Chanel lovée dans une méridienne, plus élégante que jamais (Coco Chanel, 1937). Il rend compte du prestige, non seulement de la femme, mais aussi de la marque qu'elle représente. La classe parisienne sans défaut, tout est parfait, jusqu'à la manière si particulière dont mademoiselle Chanel tient sa cigarette. Les colliers autour de son cou, la robe et le ruban noirs. Son visage est éclairé pour souligner la finesse du profil et la peau diaphane. Une merveille. Horst avait pour habitude d'utiliser des touches d'éclairages et de mettre l'accent sur la position des mains, ce portrait illustre tout à fait son style précis. Yousuf Karsh a croqué des politiques (Castro, Churchill) et des stars : humphrey Bogart, Grace Kelly... En 1960, il choisit Hitchcock, de profil (la marque de fabrique du cinéaste utilisée pour le générique de sa série télévisuelle Hitchcock presents). Alfred Hitchcock a les mains croisées et son fameux sourire bonhomme, légèrement moqueur. 

Portraits complices

Ruth Orkin, quant à elle, photographie son ami Robert Capa, on est en 1953. Capa a un sourire charmeur, complice. Nous sommes dans un restaurant, deux verres à vin (vides) sont posés devant le photographe. Peut-être une photo prise à la fin d'un repas où les deux photographes s'amusent... un portrait aux allures d'instantané. De 1920 à 1932, Paul Strand réalise une série sur sa femme Rebecca. Loin des postures formelles, il montre l'intimité, elle est couchée, les épaules dénudées. Rebecca (1923) est une photo qui la dévoile les yeux fermés. Dort-elle ou fait-elle semblant? Sait-elle que Paul est en train de la photographier? Un portrait intime aussi par sa proximité avec le spectateur. L'objectif de Strand capte la douceur d'un visage au repos. De si près, que l'on devine quelques ridules sur les paupières et la texture de la peau. Un hommage au naturel des visages assoupis. Plus fou, Dali aime qu'on l'observe, c'est là qu'il exulte, qu'il s'adonne à la comédie comme face aux caméras de télévision. En 1969 son photographe officiel et ami, Vaclav Chochola fait son portrait chez lui. Dali a toujours ses fameuses moustaches et ses tenues d'un autre siècle. Il a ce regard que tout le monde connaît, excentrique, hors normes. Dans sa main tendue, d'autres photos de lui, sans doute le travail de Chochola. Le photographié et ses retratos. Délirante mise en abyme du marquis déjanté. Du côté des écrivains, la galerie Kowasa accroche aussi des photos de Colette et de Camus. La première, prise par Robert Doisneau. Colette aux sulfures, (1950). La romancière dans son appartement parisien, Palais-Royal, avec en premier plan, une multitude de sulfures. Colette est comme dans un jardin imaginaire. La photo est prise face au miroir, c'est donc le reflet de Colette que nous voyons derrière les boules de verres. Singulier. Quant à Camus, l'image est plus formelle et imposante. La posture d'un écrivain en costume, feuilletant un livre ou un manuscrit, on ne sait pas vraiment (Izis, Albert Camus, 1948). Doisneau donne la mesure de l'auteur de l'existentialisme. Plus tard, Richard Avedon, Bettina Rheims, Annie Leibovitz,  Jean-Loup Sieff ou David LaChapelle, réinventent l'image des stars. Le portrait est de plus en plus stellaire, irréel, magnifié. Il flirte avec la publicité.


© Corinne Bernard - mars 2009.


Exposition visible jusqu'au 16 mai, à la galerie Kowasa (C/Mallorca 235), du mardi au samedi, de 16h30 à 20h30.


jeudi 5 mars 2009

Rencontres africaines de la photographie


                     Nabil Boutros, série "L'Egypte est un pays moderne!", 2006.
                          Fouad Maazouz, Camel Boy, série "Ici et/est ailleurs", 2004.
                                           Samuel Fosso, La Bourgeoise, série "Tati", 1997.
                                  Samuel Fosso, Le chef, série "Tati", 1997.




La biennale des « Rencontres Africaines de la photographie » de Bamako est un rendez-vous incontournable de la photographie. Le CCCB a réuni quelques images issues de l'édition  2007 avec, en focus, un hommage à Serge Jongué et Samuel Fosso. 



La photographie en Afrique est portée par des artistes aussi reconnus que Malik Sidibé, lequel séduit toujours avec ses portraits reconnaissables à leur style « studio ». Pour connaître d'autres talents, les rencontres de Bamako nous révèlent combien l'Afrique est inventive et culturelle. L'édition 2007 a pour thème l'urbanisation, les transformations des villes et comment leurs habitants s'en accommodent. Avec la série « L'infini, l'imparfait, l'inachevé », Adama Bamba, originaire du Mali, montre le squelette d'édifices dominés par le béton et les armatures de fer. Des immeubles inachevés, photographiés en noir et blanc, qui laissent une impression de solitude et de vide. Dans un tout autre registre, sans doute plus léger et marqué par l'humour, voire l'ironie : « L'Egypte est un pays moderne! », une série qui prête à sourire. Nabil Boutros, né au Caire en 1954, a choisi le kitsch de certaines villes touristiques. Ici, Le Caire a des allures de parc d'attraction. Edifices ou centres commerciaux aux couleurs flashy, parabole (parasite?) émergeant d'un palmier, terrain de golf luxuriant. Tout cela, à côté de représentations moins clinquantes, comme ce quartier fait d'immeubles désertés, il semblerait. La photographe marocaine Fouad Maazouz surexpose les couleurs, une manière de distance avec l'objet photographié. Sa série « Ici et/est ailleurs » nous offre la mer et ses baigneurs observés par une femme que l'on voit de dos. L'inconnue est vêtue d'un rose extravagant, fluorescent. Assise sur un rocher, elle se pose en spectateur, comme nous. Retour au noir et blanc avec la photographe Aida Muluneh qui a quitté très tôt l'Ethiopie. Elle a passé son enfance au Canada et en Angleterre. De cette mixité culturelle sont nées des photos du pays de ses origines qui vont à contre-courant des images de famine produites par la presse internationale. Elle montre des instants simples, des amis qui rient dans un café, une gamine dans une voiture, un moine dans un salon de prière... Des moments du quotidien capturés avec beaucoup de tendresse. Aida Muluneh nous raconte autre chose que la désolation. Andrew Tshabangu, de Johannesbourg, a choisi la foule des villes et son trafic incessant, incontrôlable. Des voitures, des bus... et des gens qui font la queue aux stations de taxis. Puisque le thème est la ville, ses changements, Nontsikelelo Veleko s'attache aux looks originaux présents dans les capitales africaines comme dans toutes les villes du monde. Ses portraits en pied affichent une jeunesse urbaine avide de tendances. Les rencontres de Bamako étendent le spectre de la photographie à l'image vidéo. Plusieurs courts-métrages sont présentés au CCCB, l'un d'eux nous a particulièrement frappé : Maputo Utopia, de Berry Bickle, est une sorte de collage. Une femme danse sur un fond visuel représentant différents lieux de Maputo (Mozambique). Elle pourrait être la divinité de la ville. 

Les autoportraits sans bornes de Samuel Fosso

L'hommage a Serge Emmanuel Jongué (1951-2006) propose sa série inachevée intitulée « La ville rouge ». En 2005, il parcourt Bamako à l'arrière d'une moto, armé d'un appareil photo compact ce qui produit des images semblables à la vitesse du cinéma. On y voit des enfants, des vendeuses de bananes, des portraits très colorés des habitants de la ville où le flou convoque l'illusion du mouvement. On est à la frontière entre cinéma et photographie. Quant à l'hommage rendu à Samuel Fosso... On peut dire qu'il vaut le détour. Le pape de l'autoportrait (et de l'autodérision!), c'est lui, sans aucun doute. Depuis plus de trente ans, il choisit minutieusement ses tenues et se met en scène dans différents vêtements traditionnels ou autres. Avec beaucoup d'humour il se déguise et raille les stéréotypes, ceux que le monde a sur l'Afrique et vice-versa (cf. La femme libérée américaine dans les années 70, série « Tati », 1997).  Né en 62 au Cameroun, Samuel Fosso a passé son enfance au Nigeria où il a vécu la guerre du Biafra. Plus tard, il vit chez son oncle à Bangui (République centre-africaine). Il a 13 ans (!) quand il crée son propre studio de photo, le Studio National. Il utilise alors les restes de pellicules pour réaliser des autoportraits (déjà déguisé!) qu'il envoie à sa famille du Nigéria. A la fin des années 90, il a une notoriété internationale. Il revient à l'autoportrait dont il se sert pour exprimer son talent. Des photos parfaites où tout est préparé avec soin, jusqu'au damier du sol contrastant avec un batik tendu sur le mur en guise d'arrière-plan. Rien n'est laissé au hasard. Avec la série « Tati », il se représente en baigneur sur un fond blanc, arborant des lunettes de plongées aux reflets verts, sa peau est luisante de crème solaire... On le voit aussi en pirate ou en « bourgeoise » (La Bourgeoise). Avec cette représentation de lui-même, il pousse le travestissement à l'extrême en posant maquillé et en robe de cocktail noire. Il va au-delà des conventions et n'a pas peur de brouiller les pistes du moi et de sa représentation mais aussi du propre regard sur soi. Car Samuel Fosso interroge non seulement le regard du spectateur mais aussi son propre regard sur son image. Une manière de montrer que l'art doit se débarrasser de tout conformisme. Définitivement punk.


© Corinne Bernard - mars 2009.


Exposition visible jusqu'au 1er juin, au CCCB (C/Montalegre 5).

mercredi 4 mars 2009

Le paradoxe Amélie Nothomb





   Conférence de presse d'Amélie Nothomb à l'Institut français, le 3 mars. Photos : Jean-Benoît Kauffmann.


Tout le monde croit connaître Amélie Nothomb, mais la connaît-on vraiment? Rock-star de la littérature, traduite dans une quarantaine de pays, la diva séduit à chacune de ses apparitions. De passage à l'Institut français de Barcelone le 2 mars, rencontre avec un auteur tout droit sorti d'un roman.


Ce qui saute aux yeux lorsqu'on croise Amélie Nothomb dans les couloirs de l'Institut français où elle est venue présenter Ni de Eva, ni de Adan(Ni d'Eve, ni d'Adam ), son dernier opus traduit chez Anagrama, ce sont ses expressions contrastées. Une légèreté teintée d'angoisse et de gravité. Elle est comme ses personnages : une énigme voire, un paradoxe. Avec un livre à chaque rentrée littéraire et 65 manuscrits dans ses tiroirs, dont certains ne seront jamais publiés, elle est une boulimique de l'écriture : « J'ai écrit dans mon testament que la plupart de mes manuscrits ne seront visibles que 75 ans après ma mort... Mais qui se souviendra de moi à ce moment-là? » Elle écrit avec une discipline à la japonaise, de quatre heures à huit heures, chaque matin, même en voyage : « C'est à ce moment que j'ai la force mentale d'écrire. Je bois d'abord mon demi-litre de thé « trop » fort, d'un seul coup. Le thé explose dans ma tête et je retrouve ma virginité mentale. J'ai commencé à écrire mon 66e livre ici, ce matin. » Peut-elle se passer de cette drogue? « J'ai bien tenté de ne pas écrire, ça m'est arrivé un dimanche matin, j'avais choisi de ne rien faire, d'être comme tout le monde, de prendre un bon livre et de rester au lit. Et bien je me suis sentie très mal. » Le vide sans l'écrit. Et si tout ça faisait partie du personnage? Si ce n'était que pure invention, comme une star fabrique son image ? Que nous reste-il alors? L'essentiel : une personne qui écrit l'étrangeté du monde, en particulier l'univers japonais et ses codes si curieux à nos yeux. On pourra, bien sûr, lui reprocher de ne pas être constante, pas assez exigeante envers ses histoires. Robert des noms propres ou Le Fait du prince (dernier ouvrage paru en France) n'atteignent pas le sublime de Hygiène de l'assassin, son premier opus, ou de Stupeur et tremblements. Et alors? Il est normal de perdre en qualité quand on produit autant. Ni d'Eve, ni d'Adam a tout de même été couronné du Prix de Flore, en 2007. Une oeuvre casi-autobiographique, peut-être même une autofiction à la manière de Modiano, une manière de brouiller les pistes de la vérité. Car quel écrivain se dénude totalement?

« La vie d'un Japonais est une douche écossaise»

« Ni d'Eve, ni d'Adam raconte une histoire d'amour que j'ai vécue de 1989 à 1991, mais je ne l'ai écrite qu'en 2006. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour la raconter ? J'avais besoin de la digérer. Parce que c'était une histoire merveilleuse et le bonheur est une expérience qui demande une digestion très longue. » Une liaison avec un Japonais et tout ce que cela peut comporter d'exotisme : « Une histoire d'amour avec un Japonais, c'est l'expression de l'étrangeté absolue! » Certains y voient une citation de Hiroshima mon amour : « Mon histoire est légère, heureuse, tandis que celle de Duras est grave, avec ce ton sacré propre à tous ses romans.»

Amélie Nothomb écrit un roman d'amour sans jamais décrire d'épisode sexuel : « Quand je lis ce genre de choses chez les autres, je me dis que le langage employé n'a rien à voir avec la réalité. Je suis majeure, je sais bien ce que c'est mais je préfère jeter un voile pudique car il me semble qu'il y a une inadéquation entre le sexe et le langage. » De sa prime-enfance au Japon, elle garde un souvenir nostalgique et doux : « J'y ai vécu de 0 à 5 ans, j'ai donc une imprégnation japonaise très forte, ma gouvernante était japonaise, je l'aimais beaucoup. Et puis jusqu'à trois ans, on est considéré comme un dieu au Japon. Effectivement, ma gouvernante me parlait comme à une déesse, ça me plaisait beaucoup... Plus tard, l'éducation est très difficile pour les enfants japonais, on exige d'eux énormément de discipline. On retrouve sa liberté de 18 à 25 ans, à l'université, et puis, retour à l'horreur avec le travail. La vie d'un Japonais est une douche écossaise.» Est-il plus difficile d'écrire sur soi ou d'écrire sur des héros fictifs? « C'est difficile dans tous les cas. C'est tout aussi mystérieux d'écrire sur soi car on ne se connaît pas. Mais les personnages sont extrêmement bizarres dans les deux cas. » Bizarre, peut- être... Amélie Nothomb est sans doute née de l'imagination d'un écrivain facétieux.


© Corinne Bernard - mars 2009.

mardi 10 février 2009

Le monde selon Strand

                        © Paul Strand, White Fence, Port Kent, New York, 1916.

                    © Paul Strand, The Family, Luzzara, Italy, 1953.
                      © Paul Strand, Blind, New York, 1916.

                 © Paul Strand, Wall Street, New York, 1915.


« Blind » et « White fence » sont parmi les photos célèbres de Paul Strand exposées à la Fundacio Foto Colectania. Des instantanés de la rue aux arbres de son jardin, cette rétrospective (1915-1976) met en lumière l'étendue du travail du photographe.


On connaît la férocité de « Blind » (1916), le portrait d'une mendiante aveugle aux Etats-Unis. Une photo sans concession, catégorique. Celle qui a inspiré tous les photographes qui ont suivi. Au « pictorialisme » censé imiter la peinture et les eaux-fortes, Paul Strand préfère l'immédiateté, la spontanéité, l'instant sans trucage. C'est sa marque de fabrique, appelée Straight photography. Il prend des clichés des passants, souvent à leur insu. Cela donne des scènes improvisées, aux contrastes formels comme ces travailleurs de Wall Street (Wall Street, New York, 1915). A partir de la crise de 1929, Strand concentre son intérêt sur les personnes affectées par la catastrophe économique, les gens de peu. Il va au Mexique capter les regards durs des paysans marqués par le labeur (Men of Santa Ana, 1933). La très chic Fundacio Foto Colectania distille les photos à travers plusieurs thèmes majeurs tels que Manhattan, la nature, le Nouveau-Mexique, ses multiples voyages ainsi que les photos du jardin de sa maison, à Orgeval où il vivra jusqu'à sa mort, en 1976. Les fascinantes images prises en Italie s'attachent aussi à la misère. Ainsi, cette mère dans l'encadrement de la porte de sa maison. Une façade délabrée. Autour d'elle, ses cinq garçons, ils sont pieds nus. Ils semblent tout droit sortis du film de Visconti, Rocco et ses frères, les mêmes visages, les mêmes dégaines typées (The family, Luzzara, Italy, 1953). En France, où il se réfugie dès la fin des années 40 en raison de la chasse aux sorcières (Paul Strand n'a jamais caché sa sympathie pour le communisme), il poursuit sa conquête artistique du monde rural. C'est là qu'il réalise le sublime portrait d'un garçon au regard d'acier (Young boy, Gondeville, France 1951). La rétrospective montre aussi des paysages, comme l'archipel des Hébrides, à l'ouest de l'Ecosse. Des landes solitaires où l'on aperçoit parfois des chevaux sauvages (Tir A'Mhurain, South Uist, Hebrides, 1954). A 86 ans, Paul Strand publie des photos sous le titre On my doorstep et démontre que son propre jardin d'Orgeval recèle des trésors qui méritent d'être immortalisés. Mieux que personne, il domine la lumière pour capter la beauté des glycines et des arbres (Wisteria, Orgeval, 1964). La rétrospective met en valeur les images d'un photographe qui avait su égaler ses illustres mentors Alfred Stieglitz et Lewis Hine.


© Corinne Bernard (parution dans Pilote Urbain, mars 2009)



Exposition visible jusqu'au 4 avril, à la Fundacio Foto Colectania. Du lundi (après-midi) au samedi, de 11h à 14h et de 17h à 20h30. C/Julian Romea, 6 D2. www.colectania.es






mercredi 24 décembre 2008

Rencontre avec Oriol Maspons








 
Les photos d'Oriol Maspons sont un mélange d'humour, de glamour et d'histoire. De l'Espagne rurale à Dali en passant par les sublimes Lolitas, le photographe catalan nous offre un paysage bigarré à voir à la galerie Kowasa. Gros plan.

A 80 ans, Oriol Maspons ne travaille plus, hélas! « Toutes mes photos étaient des commandes pour des architectes, des éditeurs ou des magazines, je n'aime pas travailler autrement que sur commande. Et aujourd'hui il n'y a plus de commandes pour illustrer des couvertures de livres », raconte le photographe. Le résultat, c'est une collection impressionnante d'images qui ont illustré toutes sortes d'ouvrages et revues. Il a côtoyé les plus belles filles des années 60 à 70: «J'ai fait de la photo pour draguer. Mais n'ayant pas un physique avantageux, je pourrais être dans le Guinness des records pour avoir été le garçon qui a compté autant d'échecs amoureux qu'il a connu de filles sublimes ». Oriol Maspons s'est aussi lancé dans la photo parce qu'il aimait celles des autres. Celles de Cartier-Bresson, Brassaï, Doisneau. Ils étaient ses modèles: « Je ne comprends pas les jeunes qui étudient la photo aujourd'hui sans même avoir de modèles... Je pense pourtant que c'est très important. J'admirais le travail de gens comme William Klein ou Avedon et je voulais faire comme eux». En 1955, il s'installe à Paris pendant un an: « Je travaillais dans les assurances. A Paris, je me suis rendu compte qu'on pouvait faire de la photo. Il y avait des clubs, j'y ai rencontré tous ces photographes que j'admirais tant et à mon retour à Barcelone, j'ai pris un associé, Julio Ubiña, avec qui j'ai monté un studio. » Le studio Maspons+Ubiña réalise des commandes pour la publicité et l'édition. Il fréquente et photographie des célébrités telles que Dali, croise Audrey Hepburn et Marcel Duchamp (« Marcel Duchamp and wife », 1960). L'artiste est très loquace, il évoque ses soirées en compagnie de Dali, critique Picasso : « Il était méchant et radin. Dali , lui, avait de la conversation, on ne s'ennuyait jamais en sa compagnie, il était très cultivé. Brigitte Bardot avait un beau visage mais n'était pas très futée », se souvient-il. 
Drôle de bourgeois
S'il est né de la bourgeoisie catalane, Oriol Maspons est un anticonformiste et n'oublie pas l'Espagne rurale et désargentée, l'Espagne populaire. Il réalise des séries telles que Las Hurdes (1960) ou La Mancha (1961) qui racontent la campagne et ses personnes qui vivent de peu, la dictature et son lot d'épreuves: « J'étais très influencé par le néo-réalisme italien et puis je n'avais pas peur d'être avec les pauvres ». Il va même jusqu'à participer à la Gauche Divine, ce mouvement qui regroupe intellectuels et artistes bourgeois aux idées de gauche. Oriol Maspons se pose alors en photographe de la contre-culture : «Oui, je regrette la Gauche Divine, il n'y a plus rien dans ce goût-là à Barcelone». Il s'intéresse aussi au flamenco et « tire » le portrait de La Chunga. Avec Ubiña, ils envoient chaque année des cartes de Noël à leurs amis, des photos où ils se mettent en scène de manière burlesque, sans peur du ridicule. Comme un pied-de-nez au conformisme ambiant (série des « Christmas », datant des années 60). Il y a aussi les hippies d'Ibiza ou d'Eivissa, une communauté à laquelle il semble attaché. Des photos souvent empreintes d'humour (« Fiesta en Eivissa », 1978). Malgré quelques regrets Oriol Maspons n'est pas un de ces octogénaires aigris ou nostalgiques : «Le vin et les filles se sont améliorés, aujourd'hui en Espagne... » Tout est dit. La joie de vivre du sémillant photographe en fait un personnage truculent à l'image de ses photos de Noël. 

© Corinne Bernard (parution dans Pilote Urbain, janvier 2009).




mercredi 3 décembre 2008

Voyage en Amérique

Joseph Cornell, Caravaggio Prince, Medici Slot Machine Variant, c. 1950.
Box construction and collage. © The  Joseph and Robert Cornell Memorial Association, VEGAP, Barcelona.

Lewis Hine, Edward St. Germain and his sister Delia, Phoenix, Rhode Island, april 1909.
Donation de Harry H. Lunn, Jr., Graphics International Ltd.

Emil Carlsen, The picture from Tibet, c.1920. Donation de James Parmelee.

Edward Hopper, Ground Swell, 1939. Huile sur toile. Museum purchase William A.Clark Fund. © 2008 Whitney museum of American Art.


Sous le titre « Modernidad Americana », la Fundacio Miro expose une centaine d'oeuvres d'artistes américains représentatifs de différents courants de la fin des XIXe et XXe siècles. Un panorama sous influence.


Les oeuvres présentées sont issues de la collection de la Corcoran Gallery of Art, l'un des centres les plus importants spécialisés dans l'art américain et l'un des plus anciens musées des Etats-Unis (créé en 1869). L'exposition, répartie par courants artistiques, démarre avec la section « Sous l'influence de Paris » et c'est évident au premier coup d'oeil. Avec  Young women in a kimono, d'Alfred Maurer, Le tableau du Tibet (sublime!) d'Emil Carlsen, ou encore  Les jardins du Luxembourg, de William Glackens, on perçoit l'influence des impressionnistes, eux-mêmes inspirés par l'Orientalisme et le Japonisme (dont participe Monet, qui a peint un portrait de sa femme vêtue d'un kimono rouge vif, en 1876). Les paysagistes, eux, ont représenté les vastes étendues américaines dans un style académique et délicat: le courant paysagiste de la fin du XIXe siècle est, lui aussi, influencé par les impressionnistes parisiens et par le lyrisme des symbolistes. Ainsi, Hobart Nichols et son obscur et solitaire paysage de montagne enneigée intitulé  En-dessous de zéro. L'Avant-Garde américaine se fait connaître avec la grande exposition  International Exhibition of Modern Art  ou  Armory Show, qui s'est tenue à New York, en 1913. La présence de Duchamp ou Mondrian aux Etats-Unis a permis des échanges fructueux avec des artistes nord-américains tels que Joseph Cornell. Dans la boîte de collages  Prince de Caravage, variante de la machine à sous Medici , on croirait voir un clin d'oeil aux objets détournés de Duchamp. L'avant-garde est un nouveau langage  pour les artistes, ils en abusent avec délectation, tel qu'on peut le voir dans le géométrique  First theme de Burgoyne Diller. Des rectangles, bleu, jaune, blanc, rouge, sur fond noir: quand l'abstraction tend vers une indicible pureté. 

La photo document

Passons à la section consacrée à la photographie. Les artistes choisissent cet art pour montrer leur Amérique. La photographie comme une mémoire. Elle est là pour informer, documenter. Elle est le prétexte aussi à dénoncer certains faits de société tels que la pauvreté, le travail des enfants ou la ségrégation raciale. Lewis Hine est l'un de ceux qui se posent en documentariste sans pour autant se départir de la composition et du style. La photo de la seconde moitié du XIXe devient un véhicule quotidien grâce à la reproduction des images dans la presse. Des photographes tels que Lewis Hine ou James VanDerZee donnent au lecteur une nouvelle vision de la société (magnifique portrait de Marcus Garvey, journaliste et prédicateur noir qui réclamait une société meilleure pour les noirs du monde entier). L'Amérique est montrée telle quelle. De manière plus directe qu'un article non illustré. Walker Evans, sans doute l'un des meilleurs de son époque, photographie quant à lui, la pauvreté d'une grange sans aucun artifice ( Farm interior, New York State, 1931). La crise de 1929 a conduit quantité d'américains à la faillite. Dans un autre registre, Berenice Abbott prend des clichés des bâtiments, buildings,  ponts, stations d'essence... André Kertész choisit l'East River pour montrer un moment paisible, un moment simple: un père et ses enfants jouant au bord de la rivière... il règle son objectif pour les prendre en photo (New York, 42nd Street and East River, 1951). Dans un registre plus dur, Danny Lyon a immortalisé l'inacceptable, un témoignage des aberrations de la ségrégation raciale qui sévit toujours dans certains Etats dans les années 60. Il s'agit de lavabos de toilettes publiques séparés. Au-dessus de chacun d'eux, un écriteau annonce la couleur. On peut y lire, respectivement : « White » et « Black » (Segregated drinking fountains, County Courthouse, Albany, Georgia, 1962). Un véritable témoignage de la politique incohérente de la société de l'époque. 

Edward Hopper and Co

La partie de l'exposition consacrée à la période dite « Réaliste » permet d'apprécier des toiles de Raphael Soyer ou de Reginald Marsh mais aussi du célèbre Edward Hopper (« Ground Swell », 1939). Les deux dernières sections nous conduisent vers des peintures plus récentes avec « L'abstraction d'après-guerre » et « Entre abstraction et figuratif ». Où l'on peut voir, entre autres, des oeuvres de Mark Rothko, Cy Twombly, de Kooning ou Robert Mangold. Nous nous arrêterons plutôt sur la toile de Kim Dingle,  Black girl dragging white girl , de 1992. Deux petites filles en robes blanches et ballerines, peut-être des danseuses... La petite danseuse noire traîne par les épaules la petite fille blanche comme pour la relever, elle est étendue sur le sol, évanouie ou épuisée. Une peinture émouvante par la douceur des couleurs et la pureté des personnages, de cette enfant aidant sa jeune amie.  

« Modernidad Americana » invite à un passionnant voyage autour d'une modernité éclectique, foisonnante, inspirée par les artistes européens mais toujours empreinte de sensations américaines.


© Corinne Bernard (parution sur le site : www.piloteurbain.com, décembre 2008).


Exposition visible jusqu'au 25 janvier 2009 à la Fundacio Miro, parc du Montjuic. Du mardi au samedi, de 10h à 19h, le jeudi, de 10h à 21h30. Dimanche et feriés, de 10h à 14h30. Fermé les lundis non feriés.