24.12.08

Oriol Maspons : "Picasso était méchant et radin"










 
Les photos d'Oriol Maspons sont un mélange d'humour, de glamour et d'histoire. De l'Espagne rurale à Dali en passant par les sublimes Lolitas, le photographe catalan nous offre un paysage bigarré à voir à la galerie Kowasa. Rencontre.

À 80 ans, Oriol Maspons ne travaille plus. « Toutes mes photos étaient des commandes pour des architectes, des éditeurs ou des magazines, je n'aime pas travailler autrement que sur commande. Et aujourd'hui il n'y a plus de commandes pour illustrer des couvertures de livres. », raconte le photographe. Le résultat, c'est une collection impressionnante d'images qui ont illustré toutes sortes d'ouvrages et revues. Il a côtoyé les plus belles filles des années 60 à 70 : «J'ai fait de la photo pour draguer. Mais n'ayant pas un physique avantageux, je pourrais être dans le Guinness des records pour avoir été le garçon qui a compté autant d'échecs amoureux qu'il a connu de filles sublimes. » Oriol Maspons s'est aussi lancé dans la photo parce qu'il aimait celles des autres. Celles de Cartier-Bresson, Brassaï, Doisneau. Ils étaient ses modèles : « Je ne comprends pas les jeunes qui étudient la photo aujourd'hui sans même avoir de modèles... Je pense pourtant que c'est très important. J'admirais le travail de gens comme William Klein ou Avedon et je voulais faire comme eux.» En 1955, il s'installe à Paris pendant un an : « Je travaillais dans les assurances. À Paris, je me suis rendu compte qu'on pouvait faire de la photo. Il y avait des clubs, j'y ai rencontré tous ces photographes que j'admirais tant et à mon retour à Barcelone, j'ai pris un associé, Julio Ubiña, avec qui j'ai monté un studio. » Le studio Maspons+Ubiña réalise des commandes pour la publicité et l'édition. Il fréquente et photographie des célébrités telles que Dali, croise Audrey Hepburn et Marcel Duchamp (Marcel Duchamp and wife, 1960). L'artiste est très loquace, il évoque ses soirées en compagnie de Dali, critique Picasso : « Il était méchant et radin. Dali , lui, avait de la conversation, on ne s'ennuyait jamais en sa compagnie, il était très cultivé. Brigitte Bardot avait un beau visage mais n'était pas très futée », se souvient-il. 
Drôle de bourgeois
S'il est né de la bourgeoisie catalane, Oriol Maspons est un anticonformiste et n'oublie pas l'Espagne rurale et désargentée, la populaire. Il réalise des séries telles que Las Hurdes (1960) ou La Mancha (1961) qui racontent la campagne et ses personnes qui vivent de peu, la dictature et son lot d'épreuves : « J'étais très influencé par le néoréalisme italien et puis je n'avais pas peur d'être avec les pauvres. » Il va même jusqu'à participer à la Gauche Divine, le mouvement barcelonais qui regroupe intellectuels et artistes bourgeois aux idées de gauche. Il se pose alors en photographe de la contreculture : «Oui, je regrette la Gauche Divine, il n'y a plus rien dans ce goût-là à Barcelone.» Il s'intéresse aussi au flamenco et photographie La Chunga. Avec Ubiña, ils envoient chaque année des cartes de Noël à leurs amis, des photos où ils se mettent en scène de manière burlesque, sans peur du ridicule. Comme un pied-de-nez aux institutions (série des Christmas, datant des années 60). Il y a aussi les hippies d'Ibiza ou d'Eivissa, une communauté à laquelle il semble attaché. Des photos souvent empreintes d'humour (Fiesta en Eivissa, 1978). Malgré quelques regrets Oriol Maspons n'est pas un de ces octogénaires aigris ou nostalgiques : «Le vin et les filles se sont améliorés aujourd'hui en Espagne ! » Tout est dit.

© Corinne Bernard (parution dans Pilote Urbain, janvier 2009).

3.12.08

Voyage en Amérique

Joseph Cornell, Caravaggio Prince, Medici Slot Machine Variant, c. 1950.
Box construction and collage. © The  Joseph and Robert Cornell Memorial Association, VEGAP, Barcelona.
Lewis Hine, Edward St. Germain and his sister Delia, Phoenix, Rhode Island, april 1909.
Donation de Harry H. Lunn, Jr., Graphics International Ltd.
Emil Carlsen, The picture from Tibet, c.1920. Donation de James Parmelee.
Edward Hopper, Ground Swell, 1939. Huile sur toile. Museum purchase William A.Clark Fund. © 2008 Whitney museum of American Art.

Sous le titre « Modernidad Americana », la Fundacio Miro expose une centaine d'oeuvres d'artistes américains représentatifs de différents courants de la fin des XIXe et XXe siècles. Un panorama sous influence.
Les oeuvres présentées sont issues de la collection de la Corcoran Gallery of Art, l'un des centres les plus importants spécialisés dans l'art américain et l'un des plus anciens musées des Etats-Unis (créé en 1869). L'exposition, répartie par courants artistiques, démarre avec la section « Sous l'influence de Paris » et c'est évident au premier coup d'oeil. Avec  Young women in a kimono, d'Alfred Maurer, Le tableau du Tibet (sublime!) d'Emil Carlsen, ou encore  Les jardins du Luxembourg, de William Glackens, on perçoit l'influence des impressionnistes, eux-mêmes inspirés par l'Orientalisme et le Japonisme (dont participe Monet, qui a peint un portrait de sa femme vêtue d'un kimono rouge vif, en 1876). Les paysagistes, eux, ont représenté les vastes étendues américaines dans un style académique et délicat: le courant paysagiste de la fin du XIXe siècle est, lui aussi, influencé par les impressionnistes parisiens et par le lyrisme des symbolistes. Ainsi, Hobart Nichols et son obscur et solitaire paysage de montagne enneigée intitulé  En-dessous de zéro. L'Avant-Garde américaine se fait connaître avec la grande exposition  International Exhibition of Modern Art  ou  Armory Show, qui s'est tenue à New York, en 1913. La présence de Duchamp ou Mondrian aux Etats-Unis a permis des échanges fructueux avec des artistes nord-américains tels que Joseph Cornell. Dans la boîte de collages  Prince de Caravage, variante de la machine à sous Medici , on croirait voir un clin d'oeil aux objets détournés de Duchamp. L'avant-garde est un nouveau langage  pour les artistes, ils en abusent avec délectation, tel qu'on peut le voir dans le géométrique  First theme de Burgoyne Diller. Des rectangles, bleu, jaune, blanc, rouge, sur fond noir: quand l'abstraction tend vers une indicible pureté. 
La photo document
Passons à la section consacrée à la photographie. Les artistes choisissent cet art pour montrer leur Amérique. La photographie comme une mémoire. Elle est là pour informer, documenter. Elle est le prétexte aussi à dénoncer certains faits de société tels que la pauvreté, le travail des enfants ou la ségrégation raciale. Lewis Hine est l'un de ceux qui se posent en documentariste sans pour autant se départir de la composition et du style. La photo de la seconde moitié du XIXe devient un véhicule quotidien grâce à la reproduction des images dans la presse. Des photographes tels que Lewis Hine ou James VanDerZee donnent au lecteur une nouvelle vision de la société (magnifique portrait de Marcus Garvey, journaliste et prédicateur noir qui réclamait une société meilleure pour les noirs du monde entier). L'Amérique est montrée telle quelle. De manière plus directe qu'un article non illustré. Walker Evans, sans doute l'un des meilleurs de son époque, photographie quant à lui, la pauvreté d'une grange sans aucun artifice ( Farm interior, New York State, 1931). La crise de 1929 a conduit quantité d'américains à la faillite. Dans un autre registre, Berenice Abbott prend des clichés des bâtiments, buildings,  ponts, stations d'essence... André Kertész choisit l'East River pour montrer un moment paisible, un moment simple: un père et ses enfants jouant au bord de la rivière... il règle son objectif pour les prendre en photo (New York, 42nd Street and East River, 1951). Dans un registre plus dur, Danny Lyon a immortalisé l'inacceptable, un témoignage des aberrations de la ségrégation raciale qui sévit toujours dans certains Etats dans les années 60. Il s'agit de lavabos de toilettes publiques séparés. Au-dessus de chacun d'eux, un écriteau annonce la couleur. On peut y lire, respectivement : « White » et « Black » (Segregated drinking fountains, County Courthouse, Albany, Georgia, 1962). Un véritable témoignage de la politique incohérente de la société de l'époque. 
Edward Hopper and Co
La partie de l'exposition consacrée à la période dite « Réaliste » permet d'apprécier des toiles de Raphael Soyer ou de Reginald Marsh mais aussi du célèbre Edward Hopper (« Ground Swell », 1939). Les deux dernières sections nous conduisent vers des peintures plus récentes avec « L'abstraction d'après-guerre » et « Entre abstraction et figuratif ». Où l'on peut voir, entre autres, des oeuvres de Mark Rothko, Cy Twombly, de Kooning ou Robert Mangold. Nous nous arrêterons plutôt sur la toile de Kim Dingle,  Black girl dragging white girl , de 1992. Deux petites filles en robes blanches et ballerines, peut-être des danseuses... La petite danseuse noire traîne par les épaules la petite fille blanche comme pour la relever, elle est étendue sur le sol, évanouie ou épuisée. Une peinture émouvante par la douceur des couleurs et la pureté des personnages, de cette enfant aidant sa jeune amie.  
« Modernidad Americana » invite à un passionnant voyage autour d'une modernité éclectique, foisonnante, inspirée par les artistes européens mais toujours empreinte de sensations américaines.
© Corinne Bernard (parution sur le site : www.piloteurbain.com, décembre 2008).
Exposition visible jusqu'au 25 janvier 2009 à la Fundacio Miro, parc du Montjuic. Du mardi au samedi, de 10h à 19h, le jeudi, de 10h à 21h30. Dimanche et feriés, de 10h à 14h30. Fermé les lundis non feriés.

28.11.08

Le Basquiat du Raval

Jean-Claude Rodney a des airs de Jean-Michel Basquiat. Comme lui, il vient de Haïti, comme lui, il peint dans la rue. Excepté que lui, y dort aussi. Rencontre avec un peintre de talent.

Débarqué à Barcelone il y a trois mois à peine, cet artiste peintre ne semble pas avoir froid et, malgré les dix degrés affichés au thermomètre ces jours-ci, il peint dehors, là où il a élu domicile.  Sa maison, elle est aux abords du MACBA, dans le Raval. Les mauvais hasards de la vie. « Je suis arrivé ici avec une soixantaine de toiles, on m'a tout volé les premiers jours. Je me suis retrouvé sans rien. Il a fallu que je trouve de la peinture, du bois, des toiles, des pinceaux... J'ai tout trouvé dans la rue, ici. » Avant Barcelone, Jean-Claude menait une vie moins marginale. « J'ai vécu pendant des années en Italie, j'étais marié à une italienne. J'ai un fils de 14 ans avec qui je suis toujours en contact ». La famille italienne a mal accepté ce mariage mixte... Alors il a choisi de partir. « Je recherchais la chaleur. Tout le monde me parlait de l'Espagne et de Barcelone... » Si vous passez par la rue Montalegre, vous le verrez, le pinceau à  la main, parmi ses toiles. « Je me réveille chaque matin à six heures et je peins toute la journée, ça m'empêche de sombrer. En Italie j'avais un foyer et j'exposais dans des galeries » raconte-t-il, le sourire aux lèvres. Car il n'a pas d'amertume, ne se plaint pas de sa vie « dehors » , sans toit. La peinture, c'est toute sa vie: « C'est de la joie! », comme il dit. Mais comment fait-on pour ne pas perdre l'inspiration quand il fait trop froid? « Je pense que la peinture me donne du courage et peut-être une force intérieure. Et puis j'ai beaucoup de patience ». Notre Basquiat du Raval n'est pas du genre dépendant, sa drogue, c'est la toile. Des toiles aux couleurs vives inspirées de son enfance à Port-au-Prince: « J'ai quitté Haïti  quand j'avais 14 ans mais je ne l'oublie pas ».  Il possède un vrai talent, ses toiles méritent qu'on s'arrête. Du jaune, du rouge, du vert... Des femmes de Haïti au marché aux épices et d'autres souvenirs de là-bas. Jean-Claude Rodney aimerait rester à Barcelone: « J'aime cette ville et je voudrais y travailler, vivre de ma peinture »  C'est tout le mal qu'on lui souhaite... qu'il connaisse le succès de Basquiat.

© Corinne Bernard (parution dans Pilote Urbain, janvier 2009)

Photos : © Jean-Benoît Kauffmann

24.11.08

Transformations de la Chine

Photo: © "Nouvel an" Xstream Productions, Ltd. CCCB/Cité de l'Architecture et du Patrimoine.                                                                                 Photo : © Changqin, autoroute, Li Lang, 2004.                                                                                        Photo : © Pékin, José Antonio Soria, 2004.                   Photo : © Comité municipal de compilation des annales locales de Suzhou, 1930.

La Chine et ses transformations... « En la ciudad China, miradas sobre las transformaciones de un imperio » montre l'urbanité et ses métamorphoses à travers la construction mais aussi la destruction. À découvrir au CCCB jusqu'au 22 février 2009.

Les vieux quartiers des gigantesques Pékin et Shanghaï sont rasés pour faire place à l'urbanité verticale. Les buildings poussent comme l'herbe folle. Il faut bien loger les habitants du pays le plus peuplé au monde... Et puis, il y a le prestige de ces villes radieuses, il y a eu les J.O de 2008. Il fallait cacher la misère des vieux quartiers pour ériger la nouveauté, la modernité, la propreté et la netteté géométriques de l'architecture d'aujourd'hui. Le monde entier a les yeux rivés sur la Chine, la grande rivale. Celle qui prospère de jour en jour. Celle qui a grandi à une vitesse record. Une Chine puissante qui fait couler beaucoup d'encre en raison de ses failles politiques (le Tibet, le musellement de la presse...). La Chine, comme le Japon, a cette particularité de juxtaposer passé et actualité et d'émouvoir par ses contrastes originaux. L'exposition, déployée sur une dizaine d'espaces consacrés à cinq grandes villes (Suzhou, Xi'An, Chongquing, Canton, Shanghaï), et différents thèmes (le jardin, l'écriture, la terre, l'eau, le fengshui, la famille...) montre bien cette ambivalence. On y découvre des objets, photos, archives et courts-métrages qui rendent compte de l'évolution du pays. Dans la première salle, la reproduction des six stèles de Suzhou (province de Jiangsu), sont d'une importance historique, ils représentent la naissance et l'évolution des villes. On y voit le plan de Pingjiang, gravé en 1229, mais aussi une carte de la Chine gravée en 1247 ou encore une vue du ciel datant de la même année. Dans le deuxième espace, consacré aux jardins, une vidéo montre une jeune femme jouant de la cithare dans un jardin traditionnel. L'espace consacré à l'écriture propose, entre autres,  un petit cours de calligraphie grâce à une vidéo très ludique. Le premier espace consacré à une ville chinoise concerne Suzhou, cité impériale, celle qu'on appelle « la Venise de l'Orient » car elle est entourée d'eau. A voir, le sublime court-métrage  « Cry a river » du cinéaste Jia Zhangke, Lion d'Or au Festival de Venise 2006 pour le film « Still life ». Cinq courts-métrages de jeunes réalisateurs chinois jalonnent l'expo. Chacun d'eux raconte une histoire se déroulant dans l'une des cinq villes mises en relief. 

Construction et destruction 

Xi'An, ancienne capitale, est célèbre aujourd'hui pour ses 8 000 soldats de terre cuite. En moins de dix ans, cette ville a été totalement transformée, seul le quartier musulman subsiste et quelques monuments tels que  la Tour de la Cloche ou le jardin des stèles. L'espace consacré au fengshui rend compte de son importance pour les artisans. Depuis les temps anciens, les maisons sont construites selon les règles du fengshui. On peut voir différents objets utilisés par les artisans, ainsi, la règle de Luban, instrument de mesure indispensable si l'on veut respecter la tradition du fengshui. L'espace consacré à la famille aborde, l'évolution de la cellule familiale et de son foyer. Différents artistes contemporains ont photographié des familles dans leurs habitations d'aujourd'hui et d'hier. Des lieux de vie en passe d'être détruits (comme ces portraits touchants d'une communauté dont on va raser l'immeuble). Shanghaï se prépare pour l'Exposition Universelle de 2010. Quelques photos montrent le début des travaux sur le site où elle se déroulera. Encore un rendez-vous majeur pour l'essor et la notoriété de la Chine, après les J.O. Cette mégapole ne cesse d'évoluer, il paraît qu'il suffirait de s'installer à une fenêtre d'un immeuble pendant un mois à peine, pour distinguer pleinement les changements de la ville. Des buildings à perte de vue, Shanghaï est la ville verticale par excellence. Symbole de l'élégance et du raffinement dans les années 30, avec ses femmes vêtues de sublimes Qipao (la robe traditionnelle), Shanghaï continue de surprendre et d'étourdir par sa démesure. L'exposition pose une question primordiale : la Chine, dans son désir de modernité, évolue à toute vitesse, se débarrassant de ses vieilles frusques. Pour construire, elle détruit les anciens édifices, rase des quartiers entiers... Bientôt, il ne restera aucune empreinte des villes passées... Les Chinois devront-ils alors s'en féliciter ou, au contraire, pleurer la perte d'un patrimoine architectural ?

©  Corinne Bernard (parution sur Internet : www.piloteurbain.com)

Exposition visible au CCCB jusqu'au 22 février 2009. Du mardi au dimanche, de 11h à 20h. Le jeudi, de 11h à 22h. Fermé le lundi. Gratuit les jeudis de 20h à 22h.

22.11.08

Manifestation étudiante


Photos : © Arnaud Dangerard

Les manifestations contre la réforme universitaire issue de la Déclaration de Bologne ont démarré plaça Universitat jeudi 20 novembre... Les étudiants accusent ce nouveau plan européen de vouloir privatiser les universités. Il devrait pourtant prendre effet en 2010... La manifestation a débuté dans une ambiance singulière. Les étudiants manqueraient-ils de dynamisme de troupe? Bon, alors o.k, on lit le journal entre deux banderoles, on se promène un peu, mais pas trop, et puis on va boire un coup............ Les manifs estudiantines auraient-elles perdu de leur ferveur, de leur enthousiasme soixante-huitard? Un coup d'oeil direct avec les images d'Arnaud Dangerard.

© Corinne Bernard

16.11.08

Rodtchenko, artiste multiple

Les travaux de Rodtchenko, touche-à-tout de l'avant-garde Russe, sont exposés à la Pedrera jusqu'au 5 janvier prochain. Gros plan sur un artiste sans limites de genre.

Organisée par la Caixa Catalunya, l'exposition fait écho à celle consacrée à Malevitch en 2006, grand manitou de l'avant-garde Russe. On y découvre l'oeuvre de Rodtchenko sous toutes ses facettes, de la peinture à la photo en passant par la sculpture et les affiches. Après un bref passage du côté du fauvisme entre 1912 et 1914, il se lance dans l'abstraction géométrique qu'il nomme la peinture « sans-objets ».  Il est à la recherche de formes pures. Il y a aussi le « Linéisme », combinaisons de lignes dans l'espace pour un graphisme on ne peut plus épuré. Rodtchenko va bien au-delà de l'abstraction pour une nouvelle vision formelle du dessin. Au début des années 20, il fait partie du groupe expérimental Zhivskulptarj qui  travaille sur des projets architecturaux. Puis, vient le constructivisme. Né à Moscou en 1921, ce courant réunit peintres, sculpteurs, théoriciens et architectes. Ils conçoivent l'art comme une construction en trois dimensions et non comme une simple composition sur toile. Rodtchenko se lance alors dans la sculpture et crée sa série de constructions spatiales. Des mobiles tridimensionnels et géométriques. Lors de l'exposition « 5x5=25 », à l'automne 1921, Rodtchenko montre ce qui sera l'une de ses oeuvres majeures, un triptyque représentant les trois couleurs primaires: rouge pur,  jaune pur et bleu pur. En 1922, il réalise des affiches politiques à la gloire de la Russie rouge, des affiches publicitaires et de cinéma. Il travaille pour des éditeurs à la réalisation de couvertures et pour la revue futuriste Lief. En 1925, il rencontre le poète et dramaturge Vladimir Maïakovski pour lequel il illustrera des ouvrages tels que Pro Eto, recueil le plus célèbre de l'auteur russe. La même année, il monte le pavillon soviétique pour l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de Paris et propose son projet de Club ouvrier. Où les loisirs des ouvriers apparaissent comme une activité collective à l'opposé d'une société individualiste. Tout à fait dans l'air du temps. Le club, aux lignes géométriques propose différents espaces pratiques pour la lecture de revue ou de littérature. 1922 signe une nouvelle étape de sa création en abordant la photo. Il démarre par des collages et photomontages pour aboutir à la photographie pure. On y retrouve son goût des lignes et des perspectives graphiques. Lorsqu'en 1932 l'art libre et les groupes artistiques sont interdits, Rodtchenko est forcé de réaliser des photos pour des éditeurs étatiques. La Pedrera donne à voir une anthologie de cet artiste aux idées neuves.

© Corinne Bernard (parution dans Pilote Urbain, décembre 2008)

Exposition visible à la Pedrera (Paseo de Gracia, 92, Barcelona) jusqu'au 5 janvier 2009. Du lundi au dimanche, de 10h à 20h. Fermé les 25 et 26 décembre et le 1er janvier. Entrée libre.

26.10.08

Just a perfect poem

photo : © Jean-Benoît Kauffmann, www.jean-benoit.com
Avec Kosmopolis 08 c'était la fête de la littérature au CCCB, du 22 au 24 octobre dernier. Quatre jours plus près des livres avec en point d'orgue, la venue du mythique Lou Reed le 24 pour... Une lecture de poésie catalane.
Avec sa femme Laurie Anderson (en Duplex des Etats-Unis), les deux artistes-poètes ont délaissé Allen Ginsberg au profit de Joan Brossa, Salvador Espriu, Josep Carner et autres noms de la prosodie catalane. Ils ont proposé ici, à Barcelone, une lecture qui a eu lieu il y a un an et demi à New York dans le cadre d'une célébration de la Catalogne. A ce moment là, Lou Reed était accompagné de l'égérie du rock made in New York, Patti Smith. Plus de 1 000 personnes sont venues au CCCB écouter Lou Reed mais c'est Laurie Anderson qui l'a emporté avec ses manières suaves et sympathiques et sa diction parfaite. Tandis que Lou Reed semblait figé, moins à l'aise dans le rôle du lecteur que dans celui du musicien. C'était pourtant une nuit parfaite. Et si l'on ne saisissait pas toujours la teneur de certains poèmes abscons, la simple rythmique, les voix de Laurie et de Lou nous allaient droit à l'âme et au coeur. Car, au fond, la poésie n'est-elle pas aussi mélodie? Et bien qu'on préfère Lou Reed en chanson, la soirée avait quelque chose d'exceptionnel par sa couleur intime et mélodieuse. Et quel plaisir délicieux que d'entendre et de voir ces deux artistes complets de l'underground américain. Même s'il est loin le temps d'un Lou Reed flirtant avec le glamour et les frasques dandys d'un Bowie ou d'une Patti Smith. Loin aussi, l'époque du Velvet Underground porté aussi par John Cale et Nico. Le vieux Lou s'est assagi mais on ne lui reprochera pas d'avoir été un brin glacial avec son public ce soir-là. Peu importe son air austère, quasi-universitaire, après tout il était là pour lire des poèmes. Il est vrai que la poésie a toujours appelé au sérieux, au recueillement, plutôt qu'aux agapes. Donc, pas de critique Monsieur Lou Reed. Au contraire, il a choisi de s'effacer, de ne pas se poser en vedette pour laisser entendre les mots et uniquement les mots. Pour finir, une soirée mémorable qui donnait envie de relire les poètes.
© Corinne Bernard (parution sur le net : www.piloteurbain.com)

25.10.08

L'univers en photo

            Manolo Laguillo, La Trasera de la plaça Francesc Macia, 1980.
Humphrey Spender, Tram scene: Overhead Conversation, ca 1937-1938.
                 Berenice Abbott, Pike and Henry Streets, Manhattan, 1936. 
 Les Rambles, Barcelona, 1956 © Ramón Masats, Colección Foto Colectania.

L'expo "Archivo Universal", au MACBA jusqu'au 6 janvier, propose un choix de 2 000 photos par des monstres tels que William Klein ou August Sander. Des images de 1851 à aujourd'hui, témoignages des métamorphoses de la société. 


Archives Universelles, La condition du document et l'Utopie photographique moderne, est un voyage au coeur des villes et des hommes qui les animent, les façonnent. Une exposition importante où il faut compter plusieurs heures pour tout voir. Le thème de l'exposition est parti d'un projet sur l'évolution urbaine de Barcelone. Différents photographes ont été chargés de rapporter des images des transformations de la ville au cours de notre siècle. La photographie comme document témoin des métamorphoses topographiques, sociales et politiques. Avec ce postulat de départ, le MACBA a réuni des photographies vintage et contemporaines de photographes aussi illustres que Dorothea Lange, August Sander, Robert Adams, Henri Cartier-Bresson ou Walker Evans. On apprend beaucoup sur l'histoire (à travers, par exemple, les images de propagande communiste de l'ancienne URSS, ou de la Guerre civile espagnole). Déployée sur deux étages du musée, on démarre avec les photos de Lewis W. Hine montrant des vendeurs de journaux ou des mineurs américains des années 30. Harold Corsini et Aaron Siskind ont aussi photographié les habitants de Harlem à la fin des années 30. Avec la rue pour décor, on découvre le quotidien des familles d'ouvriers. Plus loin, la célèbre mendiante aveugle de Paul Strand arborant une pancarte « Blind », photo datée de 1916, et qui possède toujours cette force de domination sur le spectateur. En 1933, Henri Cartier-Bresson, éblouissant toujours, immortalise des enfants de Séville jouant à côté des ruines d'un immeuble.
Barcelone en marche

Au premier étage, les dernières salles sont consacrées à Barcelone et à l'éclectisme de ses différents arrondissements, les "district". Le photographe Français Patrick Faigenbaum offre de nombreux clichés actuels sur le quartier populaire de Besos. Des photos couleurs immergées au coeur des bâtiments et des habitants. Et, à mille lieues de là, les portraits décalés de personnalités politiques catalanes telles que le maire de Barcelone Jordi Hereu. Des grands formats qui rappellent ces vieux portraits de familles bourgeoises aux postures hiératiques. En 1979, Manolo Laguillo a capté la « Naissance de la Diagonal » tandis que l'Argentin Humberto Rivas s'intéressait aux décors de vitrines des boutiques de la ville. Des vitrines qui ont des airs de décor de théâtre. Archives Universelles est une exposition monumentale accompagnée de films, de documents divers et d'ouvrages illustrés par les photographes. Une somme d'archives visuelles, de mémoire du monde, portée par les plus grands noms. Sans aucun doute l'une des expositions majeures de cette année.

© Corinne Bernard (paru dans Pilote Urbain, novembre 08)


« Archivo Universal, la condicion del documento y la utopia fotografica moderna », au MACBA, jusqu'au 6 janvier 2009. Fermé le mardi.

4.6.08

Tony Gatlif : "Mon film parle de la peau "



Tony Gatlif nous raconte Exils, prix de la mise en scène à Cannes. Loquace, il a une myriade d’histoires à raconter. Sa passion pour Séville, ses multiples voyages, ses acteurs… Avec Exils, le cinéaste mène le spectateur dans un voyage vers les origines, parle du déracinement et de la recherche de soi à travers la terre et ses racines. Zano, alias Romain Duris, embarque sa belle Naïma (superbe et sensuelle Lubna Azabal) sur la route. Ils ont en commun un passé algérien. Une aventure au départ d’une banlieue parisienne via Séville. Leur voyage est alors un flot d’images, de sons, d’odeurs, de couleurs… Sources. Et puis l’amour.

Que raconte le  film ?
C’est un film qui parle de la peau, de sa couleur. J’ai toujours été confronté à ça. L’exil c’est des gens qui partent en laissant des gens comme eux, de la même couleur de peau. Ils trouvent une terre, une population, un climat différents… J’ai des souvenirs d’enfance qui parlent de cela, c’est le film le plus autobiographique. Les deux personnages sont comme tous les exemples des années 50, ces voyageurs tels que Nicolas Bouvier partis pour se retrouver eux-mêmes. On commence à aimer les autres quand on s’est trouvé. C’est ce que raconte mon film. Et puis, à travers leur histoire, il y a l’histoire du siècle.

Comment avez-vous choisi Lubna Azabal ?
Par un casting. J’aime les femmes au caractère fou, bien trempé, qui en disent long. Dans le film, c’est un couple qui se connaît à peine, ils ont envie de se connaître, de se fouiller. Ils écoutent une musique urbaine moderne et révoltée. Cette musique fait écho au côté tachycardique de celle qu’on entend plus tard (scène de transe soufie en Algérie, Ndlr), elle emballe le cœur. Avec ce genre d’actrice, il faut savoir quelles sont les limites à ne pas franchir car son énergie débordante peut rendre les scènes folles tout le temps. La scène de transe a durée 11 minutes. Il faut que le cœur est le temps de s’emballer je leur avais montré à tous les deux des transes que j’avais filmées. On ne peut pas répéter ce genre de scène. Sinon, ça ne fonctionne pas. Il faut être gagné par la musique. Après cette scène, il a fallu deux heures avant de pouvoir parler à Lubna.

Il y a toujours une part de documentaire dans vos films...
Pour enlever le côté cinéma j’aime faire entrer la vie dans les plans, c’est ainsi depuis le début. J’ai fait des films pour défendre le peuple Rom avec des acteurs qui jouaient leurs propres rôles.

La musique est omniprésente
La musique est en parallèle avec le scénario. Quand la caméra est pudique, c’est la musique qui donne le sentiment de l’exil. Elle prend son rôle. On la travaille en même temps que le scénario. La musique de la transe a été écrite spécialement pour cette scène.

Quels sont vos projets ?
Je pars en vacances, j’ai envie de continuer en méditerranée. C’est quand je rencontre une idée que je décide de partager. Je vis d’abord.

© Propos recueillis par Corinne Bernard (itw 24/ 08/04)

3.6.08

Trois regards photo

© Kenneth Josephson



Kenneth Josephson, Valérie Bouvier et Fernande Petitdemange dévoilent leur univers. Trois photographes au regard aiguisé pour qui le monde a revêtu de drôles de formes. Valérie Bouvier est la cadette de cette exposition.

A 26 ans, elle a la fraîcheur de ceux qui ne se prennent pas au sérieux, elle vient vers vous le sourire aux lèvres et vous embrasse comme si elle avait tout à partager. Ses photos ont la même fraîcheur, des plantes emballées dans du papier peint aux motifs divers. Écossais, fleuri, noir… « Je crée un décor, ce sont des dispositifs trompe l’œil inspirés du travail du photographe Adolf Braun. J’ai commencé par emballer des énormes pots de fleurs et j’ai continué. L’emballage permet une lecture différente de l’objet, il le rend plus graphique.» Ses « mini-constructions », comme elle les nomme, sont des assemblages, objets du quotidien, qu’elle emballe de cellophane ou de ruban adhésif pour en faire de nouveaux sujets à voir. Elle se réapproprie le monde pour étonner le visiteur et donner un nouvel aspect à des choses parfois invisible, tant elles font partie du quotidien. Elle donne vie aux objets, comme les enfants prêtent vie à leurs jouets. Valérie Bouvier a fait les Arts-déco à Strasbourg et ne se considère pas comme une photographe puisqu’elle joue avec tous les véhicules artistiques : vidéo, performances, installations… Une touche-à-tout à suivre de très près.
Éclectismes
Plus loin, et tout à fait dans un autre registre, car l’expo est on ne peut plus éclectique, Fernande Petitdemange a photographié plus de trois cents fossiles parmi les 80 000 entreposés à la Société industrielle de Mulhouse et réunis de 1845 à 1863 par Joseph Koechlin-Schlumberger. Un véritable cabinet de curiosités. Spécialiste des éléments naturels, végétaux ou minéraux, la photographe a choisi ces traces minérales de l’histoire pour leur forme, leur beauté : « Je ne suis pas anthropologue, j’ai sélectionné chaque fossile pour son aspect visuel d’abord. Je n’ai pas appris grand-chose sur eux car je voulais rester neutre pour garder uniquement un point de vue visuel. » Au final, chaque photo donne à voir des fossiles dans leur moindre détail où l’on devine, ici, la trace d’un poisson, là, celui d’un coléoptère. Une mémoire photographiée avec beaucoup d'exigence. Enfin, les photos de l’américain Kenneth Josephson sont une merveille de technique et de magie. D’abord, il nous montre le ciel et ses nuages, et puis, des pages blanches, et finit par l’humain. L’homme mis en abyme dans des paysages où le photographe s’amuse avec le regard du spectateur. Il triche. D’une manière toujours ludique, Kenneth Josephson joue avec la réalité et place l’homme dans des décors naturels où, tout à coup, un élément perturbateur, une carte postale, un mètre, une ombre, font du décor une sorte de trompe l’œil. Le photographe de 71 ans, triche sans effets spéciaux avec des éléments simples, comme une carte postale posée sur un décor où encore l’ombre du photographe derrière un enfant. Autant de pieds de nez au spectateur pour des amusements qui chatouillent le regard.

 © Corinne Bernard

Deux époques, deux photographes

Jean-Philippe Charbonnier, L’Enfant flou, 1947. © Christine Vaissié. Collection Maison Européenne de la Photographie, Paris.

Jean-François Joly et Jean-Philippe Charbonnier exposent leurs photos à la Galerie de la Filature, à Mulhouse. Un parallèle improbable entre deux noirs et blancs. 

Jean-François Joly exhibe la genèse de son projet Terre d’asile, terre d’exil, l’Europe tsigane. Dans la Galerie, sont accrochées des photocopies de ses photos sur les tsiganes de Roumanie et de Serbie. Il voyage depuis 1999 sur les terres de Pristina où il a photographié quelques visages parmi les 1500 tziganes installés sur un ancien terrain militaire serbe. Il continue son périple européen à la rencontre des peuples gitans. Roumanie, Bulgarie, plus tard ce sera Strasbourg… Il en résulte des portraits où la solitude est omniprésente. Chaque tsigane est une solitude en face d’une solitude, qu’il s’agisse d’enfants, de couples ou de vieilles dames à la peau scarifiée par les souffrances infligées. Ces visages expriment la solitude. « Parce que nous sommes tous seuls », souligne le photographe, « On est profondément seul toute sa vie et plus on en a conscience, plus on est bien avec les autres ». S’il va vers les autres pour les croquer avec son objectif, Jean-François Joly exclut tout rapport amical avec les personnes photographiées « Je préférais qu’il y ait toujours une distance entre nous pour qu’ils n’attendent rien de moi… ». Le noir et blanc est là aussi pour créer la distance. Mais au final, beaucoup de ces tsiganes regardent l’objectif comme pour convoquer d’autres solitudes. 
Des photos couleur du temps
« Il faut bien le dire : Jean-Philippe Charbonnier est un petit monsieur tout à fait détonant. Comme un diable qui sort de sa boîte au moment où on ne l’attend pas, son appareil en équilibre sur l’épaule, ou au détour d’une publicité de magazine, et qui tire de par-dessous sa moustache des propos encore moins attendus, disons à la fois justes et biscornus, et d’une voix tonitruante d’adjudant. (…) Dans Alice, il pourrait être le chapelier, il pourrait être le lapin, il pourrait même être la théière, il serait irrésistible, impossible », c’est ainsi qu’Hervé Guibert dépeint Jean-Philippe Charbonnier, en 1983, dans son ouvrage « La photo, inéluctablement ». L’écrivain avait vu les 300 photos du trublion photographe, bavard intarissable, exposées au musée d’Art moderne, à Paris. Les reportages en noir et blanc exposent plusieurs pans des années 50. Et, de l’Afrique Equatoriale Française, au mineurs du nord de la France en passant par les familles de Paris et sa banlieue, Jean-François Charbonnier nous raconte des moments, des instants de vie ici et là-bas. Des Hommes parmi les objets, dans leurs fonctions, tel « Le pharmacien », à Aubusson, entouré de flacons, il fait la tête, un apothicaire grognon dans sa petite boutique. Ou encore « Le scandale des mal logés » où, de Clichy à la Courneuve, des familles nombreuses s’entassent dans des pièces exiguës. Le commencement des sombres banlieues… Et puis, « Les passerelles de la cantine » de l’usine Renault-Flins, merveille de perspective, montrant des ombres marchant vers le même lieu, traversant des passerelles aux vitres innombrables. Il y a aussi Orphée, clin d’œil à la mythologie et au film de Cocteau. Ici, les enfers où Orphée cherche son Eurydice sont deux murs le long desquels il avance, coincé, comme dans un tunnel, un couloir de métro… Et toujours cette perspective incroyable qui place l’homme dans une géométrie subjective, celle du regard du photographe. L’ami et collaborateur d’Edouard Boubat a cette incroyable manière de photographier le temps de manière nuancée, car s’il est vrai qu’il s’agit de reportages, approchons nous d’un peu plus près, prenons le temps… On peut voir dans chaque photo le reflet du regard de Jean-Philippe Charbonnier. Captivant. 

© Corinne Bernard

13.5.08

Middlesex

                                                         

Difficile de quitter les 679 pages de cette incroyable fresque que représente Middlesex, roman de Jeffrey Eugenides. Une fresque qui déroule la grande et petite histoire. Un pan de la vie américaine des années 20 aux années 70 et l’histoire d’une famille vue à travers les yeux de Cal ou Calliope. Car c’est aussi la voix d’un hermaphrodite d’abord fille, puis garçon. Calliope d’abord, raconte l’arrivée de ses grands parents en Amérique alors qu’ils fuient la Grèce envahie par les Turcs. Nous sommes dans les années 20. Desdemona et son frère débarquent chez l’Oncle Sam. Ils s’aiment et tant pis pour l’inceste. Ils se marient. Desdemona aura toujours peur d’une malédiction due à la consanguinité. Pourtant, ses enfants seront normaux, on sautera une génération jusqu’à l’arrivée du monstre. Monstre aux yeux des autres. Car Calliope, lorsqu’elle se rendra compte de sa différence - un pénis extravagant chez une petite fille, des seins qui ne poussent pas, des règles qui ne viendront jamais- cachera cette anomalie à ses parents et au reste du monde jusqu’à son adolescence, jusqu’au jour où elle décidera d’être Cal, un garçon. Middlesex s’intéresse aussi à la vie de ces immigrés débarqués aux Etats-Unis à la recherche du rêve américain. Cal nous raconte les émeutes raciales à Detroit, la prohibition… La fin du roman est plus intime et s’intéresse aux angoisses d’une personne hors normes. L’amour de Calliope pour une fille, sa première expérience sexuelle avec un garçon… Et puis, viendra le douloureux moment de la révélation. Après un accident, Calliope est à l’hôpital, là, un médecin découvrira le monstre. Un roman somptueux. La perle rare de cette rentrée littéraire à lire absolument, Jeffrey Eugenides est un véritable conteur. 

 © Corinne Bernard 

L’extrait : « J’ouvris les yeux. Et dans le miroir je ne me vis pas. Ce n’était plus la Mona Lisa au sourire énigmatique. Plus la fille timide avec ses cheveux ébouriffés dans le visage. Maintenant que le rideau de ma chevelure avait été tiré, les récents changements de ma physionomie devenaient beaucoup plus évidents. Ma mâchoire était plus carrée et plus large, mon cou plus épais, avec la pomme d’Adam saillant au milieu. C’était incontestablement un visage masculin, mais derrière cette façade les sentiments étaient encore ceux d’une fille. Se couper les cheveux après une rupture était une réaction féminine. » 

Middlesex, Jeffrey Eugenides, éd. de L’Olivier, 679 p. (2003)

Léonora Miano : « Tout texte devrait avoir une portée universelle »





L’Intérieur de la nuit raconte les exactions menées par les milices en Afrique noire, vues par Ayané, revenue sur le sol natal après des études françaises. Portée par une écriture limpide et sans effusions, ce premier roman de Léonora Miano offre une lecture bouleversante dont on ne sort pas indemne. Elle écrit l’inconcevable avec l’excellence d’un auteur né. Un livre atemporel, sans lisières, sur les croyances redoutables quand elles mènent à la soumission. 

Comme Ayané, vous posez-vous en observatrice de la culture africaine ?
Le personnage d'Ayané ne me ressemble pas tout à fait. J'ai en commun avec elle d'avoir été élevée dans une famille marginale, c'est tout. Contrairement à Ayané, j'ai toujours eu à cœur de me rapprocher de ceux qui m'entouraient, afin de les connaître mieux. J'assume parfaitement de me trouver au carrefour de plusieurs univers, c'est ainsi que je me sens bien. J'écris pour répondre à des questions. L’une d’elles concernait les mécanismes mentaux de l'acceptation du pire. Le décor et l'habillage culturel sont africains, mais le sujet est universel.


S’agit-il d’un roman à portée universelle sur les clivages culturels et religieux ?
Pour moi, tout texte mettant en scène des êtres humains devrait avoir une portée universelle. Si on considère donc que l'Afrique fait partie de l'humanité, comment fermer les yeux sur ce qui s'y passe, et pourquoi ne pas dire la vérité ? Elle nous concerne tous. Ce que vous dites de la manière dont les sociétés sont ou ont pu être clivées est également juste. Changer de continent, quitter le Nord pour le Sud, ce n'est parfois que faire un voyage dans le temps.

Les sacrifices humains sont-ils un sujet tabou en Afrique ?
Ils ne sont pas un tabou pour les populations africaines qui les pratiquent. Elles en parlent et les pratiquent pour des raisons diverses, souvent liées à des croyances anciennes. Certains États ont une législation pour les châtier. Pour le monde anglo-saxon, ce n'est pas non plus un secret, puisque les journaux anglais et américains en parlent, notamment parce que la Grande-Bretagne est confrontée à des meurtres rituels sur son propre sol. Le tabou vient, en France, du silence dont on choisit de recouvrir ces questions, pour deux raisons : la première est, bien sûr, que certains se trouvent confortés dans leur mépris de l'Afrique,  l'autre, est que les liens qu'a la France avec ses anciennes colonies sont complexes, faits depuis toujours de méthodes qui ne favorisent pas la transparence.

Comment vous sentiez- vous après avoir écrit la scène du sacrifice humain ?
Je me détache de L'Intérieur de la nuit pour écrire le prochain texte. Il m'est donc difficile de vous dire comment je me suis sentie après avoir composé cette scène. C'était il y a longtemps. Je voulais qu'elle soit précise, clinique, qu'il apparaisse que ces choses sont codifiées. Pour moi, la seule possibilité était une description froide et méticuleuse pour faire ressentir au lecteur l'horreur de la situation. La littérature permet, au travers de semblables reconstructions du réel, de mettre en exergue ce qui passe finalement assez inaperçu.

© Propos recueillis par Corinne Bernard, 2005.

L’Intérieur de la nuit, Léonora Miano, éd. Plon, 213 p. (parution, août 2005). Édition de poche Pocket Nouvelles Voix (2006).

Excentrique



Un scientifique mène une expérience sur les vaches. Et si elles pouvaient avoir les mêmes envies et les mêmes sentiments que les humains ? Pour le savoir, il transforme l’une d’elles en femme, elle devient Magali, une splendeur. Il propose à Henry, un garçon à la vie insipide, d’héberger la jolie « personne » pendant trois mois. Henry va se laisser aller à ses instincts les plus primaires. Une expérience inquiétante pour un être à la libido exacerbée et à la violence jusque là contenue… Cherchez la vache. Et puis il y a cette femme, en voyage en Inde avec son monstrueux mari. Elle y découvre que le cancrelat qu’il a massacré quelques minutes plus tôt dans la salle de bains de l’hôtel humide n’est qu’un pâle reflet de ce qu’il est. Alors madame rêve et s’imagine dans les bras d’un sultan. Bob ne cesse de se disputer avec Cathy… Jusqu’au jour où il découvre le cadavre d’une girafe dans son jardin… Le plus petit zoo du monde, c’est une plongée au cœur d’histoires où les petites bêtes, où les animaux du zoo sont les Hommes. Sept nouvelles complètement déjantées où le lecteur quitte les routes balisées du quotidien pour découvrir d’autres dimensions aux images surréalistes et parfois effroyables. L’auteur, jeune spécialiste belge de la nouvelle, nous raconte un monde à l’envers, excentrique. Un monde où l’Homme a la vanité de croire qu’il est humain. Une écriture magnifique et magique qui nous entraîne très loin, entre rire et effroi. Le monde de Thomas Gunzig n’est pas manichéen, il est ambigu et mêle habilement sarcasmes et éclats de rires.

 © Corinne Bernard

 L’extrait : « Il dit "qu’est-ce que t’es belle Magali, t’es aussi jolie qu’une… fleur"» La pensée que sa comparaison végétale était un peu nulle lui traversa l’esprit pendant une seconde puis il se souvint qu’il s’adressait à une vache. Une vache bien roulée mais une vache quand même. S’en être souvenu le désinhiba et, tandis que Magali mâchait un énième morceau de sucre, Henry s’agenouilla devant elle et entreprit de déboutonner son tailleur en imprimé un peu ringard. C’était pas facile, elle ne l’aidait pas du tout mais il finit pas y arriver. »

 Le plus petit zoo du monde, Thomas Gunzig, éd. Au Diable Vauvert, 192 p. (2003)

Voyage fantastique



Si vous n’êtes pas encore accro à l’univers de Haruki Murakami, c’est que vous ne l’avez jamais lu. C’est le moment d’y remédier avec Kafka sur le rivage. Une oeuvre qui nous plonge dans l’univers onirique et féerique de l’auteur de la Fin des temps. Entre tragédie grecque, roman d’apprentissage et fantaisie déjantée, ce roman raconte les aventures parallèles de Nakata, victime d’un coma qui a obscurci son intellect, et Kafka Tamura, un fugueur de 15 ans à la recherche d’une mère qu’il ne connaît pas. Kafka Tamura quitte Tokyo et son richissime père pour s’égarer au sud de l’archipel, dans l’île de Shikoku. Il s’installe dans les coulisses d’une bibliothèque dirigée pas l’énigmatique Mlle Saeki, peut-être sa mère… Guidé par le bibliothécaire Oshima, un hermaphrodite sublime, Kafka grandit sans jamais oublier la malédiction oedipienne proférée par son père : « tu tueras ton père et tu coucheras avec ta mère et ta sœur ». A la manière des contes japonais aux nombreux fantômes et féeries, l’auteur tisse un monde onirique et surréaliste où la magie surgit à travers les prodiges de Nakata qui parle aux chats ou fait pleuvoir des poissons. L’épopée de nos deux héros raconte aussi le monde intelligible, celui qu’on ne voit pas d’ordinaire. Eux, ont cette faculté de le voir, tel Kafka, capable de faire l’amour avec un fantôme du passé ou encore d’entrer dans une forêt peuplée de soldats disparus. Ils découvrent d’autres mondes et permettent au lecteur un voyage fantastique. 

 © Corinne Bernard

Kafka sur le rivage, Haruki Murakami, éd. Belfond, 619 p. 23 €. (2002)

Amours braques



Murakami Ryû trouve une idée excentrique à chaque page. Et plus il malmène le lecteur, plus celui-ci veut suivre le parcours des personnages, aussi sombres soient-ils. Et c’est là que réside le génie de l’auteur des Bébés de la consigne automatique. Un génie plus ostensible encore dans son dernier opus Ecstasy qui semble être une mise en abyme du rapport lecteur/écrivain. Entre New-York et Tokyo, Miyashita, un jeune assistant réalisateur, va se laisser enliser dans le jeu pervers d’un trio malsain qui fonctionne sous les effets baroques de l’ecstasy, de la cocaïne et autres hallucinogènes. Ils ingurgitent ces substances dans le but de décupler leur libido en brisant toutes formes d’inhibitions. Maîtresse sadique, maître dominateur, SDF millionnaire et amantes soumises… Des rendez-vous chics dans des palaces new-yorkais, du champagne qui coule à flot et… S’amuser à dominer les victimes, jeunes lolitas de bonne famille que l’on démolit pour la jouissance. Miyashita goûte l’ecstasy pour la première fois et accède à des horizons qui lui étaient inconnus, il devient le jouet de Keiko, créature improbable, tout droit sortie d’un film de David Lynch. L’ombre de Sacher-Masoch plane comme un fantôme pendant que la chair se tort, se liquéfie. Parfois même, le sang jaillit. Et Murakami Ryû contrôle le lecteur par son style et ses images sans concessions. Car l’auteur, comme à son habitude, ne cherche pas à nous ménager. Le chef de file de la nouvelle littérature japonaise nous prend par la main pour nous mener dans son univers braque où déviances et chemins escarpés, déglingues et excentricités hallucinantes sont au rendez-vous d’un roman qui laisse un goût étrange tant il nous renvoie les images de nos doubles démoniaques. 

© Corinne Bernard 

L’extrait : « L’existence du masochiste est tranquille. Il lui suffit de vivre comme un esclave, comme un nourrisson, de renoncer à tout, les vêtements pour se couvrir, son nom, l’intelligence des choses, sa liberté de mouvements. L’homme était couché en position fœtale dans un coin du canapé style Victoria, dans la suite Ambassador de l’hôtel Plaza. Les premiers rayons du soleil commençaient à poindre. Il était dans un état de tension folle. Il avait largement dépassé la dose limite, un état que seules les personnes qui en ont fait l’expérience peuvent comprendre. Un état qui surpasse en tout le blues de la descente après une prise de LSD. 

Ecstasy, Murakami Ryû, éd. Philippe Picquier, 304 p., 18,50 euros.


Paru en Poche, Monstre humain
Kenji gagne sa vie en guidant les touristes à travers les bars louches des quartiers chauds de Tokyo. Il rencontre Frank, un américain peu ordinaire, qu’il devra conduire dans les lieux les plus glauques de la ville. Kenji va passer trois nuits en compagnie d’un psychopathe sans limites. Avec Miso soup, Murakami Ryû écrit l’indicible et s’arrange pour que le lecteur soit ému par Frank, homme effroyable, pauvre hère, produit conforme d’un monde en putréfaction. A noter, le roman paru en 1997 comporte une scène de carnage à faire pâlir Bret Easton Ellis et James Ellroy… 

Miso soup, Murakami Ryû, éd. Picquier Poche, 287 p., 7 euros.

Anna Gavalda : « J’assume le côté conte de fées »



Avec Ensemble, c’est tout, Anna Gavalda plonge le lecteur dans un long moment heureux. 608 pages à lire comme on fait un beau voyage. Camille, Philibert et Franck sont pourtant criblés de fêlures. Camille dessine avec talent et fait des ménages, Frank est un cuisinier sauvage et râleur. Philibert est d’un autre temps et garde un appartement de famille près de la Tour Eiffel. C’est là qu’ils vont se retrouver tous les trois et mener une vie à la Jules et Jim. Et puis, il y a la grand-mère de Franck, Paulette… Ce petit monde, tout en oppositions et blessures, va retrouver le goût des choses. Anna Gavalda a le don de réparer les cœurs et de magnifier le quotidien. Pas étonnant, cette femme revendique sa vie heureuse consacrée aux livres et à ses enfants. Tout va bien.

Philibert et Franck sont fragiles et ne cachent pas leurs faiblesses à l’instar de héros féminins… Pensez-vous qu’il existe une écriture féminine et une écriture masculine ? 
Les garçons sont un peu filles et les filles un peu garçon. Fille ou garçon, la seule distinction c’est de savoir s’il s’agit de personnes fréquentables ou pas. Pour moi, ils sont pareils. Avec ce livre, il y a autant de lecteurs que de lectrices.

Peut-on parler de roman d’apprentissage ? 
Bien sûr. Mes livres préférés sont des textes d’apprentissage. Vous leurs faites passer des épreuves comme dans Moon Palace (de Paul Auster, Ndlr) où ce personnage se perd à Central Park. Je me suis laissée avoir, je voulais raconter l’histoire de Camille et Franck et puis Philibert et Paulette sont arrivés. J’aime beaucoup les personnes âgées, du coup c’est un roman d’apprentissage à quatre. Je voulais aussi écrire un livre qui rende heureux, qu’on dise : « Lis ça, ça va te rendre heureux ! » Je tenais à cette idée d’onde positive. Je suis d’un naturel très gai alors j’ai écrit un conte de fées. D’ailleurs, Camille est une fée. D’habitude j’écris des fins ouvertes à la Luc Besson, là, j’assume le conte de fées. 

Pourriez-vous écrire un roman sur des héros sans failles ? 
Non, ça n’existe pas. Tout le monde a son quota de bosses, les gens qui savent tout sur tout ne sont pas très intéressants. Le prochain roman sera une histoire d’amitié entre deux hommes. 

Propos recueillis pas © Corinne Bernard

Ensemble, c’est tout, Anna Gavalda, éd. Le Dilettante, 608 p.

Guillaume Depardieu, Tout donner

                          


« Je veux faire taire les journalistes !»


Pas facile de prendre rendez-vous avec Guillaume Depardieu rencontré à la Foire du livre de Saint-Louis il y a quelques jours. Ouf ! Après de nombreuses signatures de son psycho-ouvrage et une heure trente d’attente pour votre serviteur, nous l’avons gentiment entraîné prendre un verre histoire de discuter de Tout donner, son livre d’entretien avec Marc-Olivier Fogiel. Visiblement éreinté et agacé (pas par la critique, cette fois, mais par les nombreuses demandes des lecteurs de la Foire), le comédien semblait sur ses gardes et n’a pas hésité à balancer quelques invectives (non autorisées ici), à l’encontre des médias. Nous avons failli le quitter là, seul avec son spleen et sa colère, mais capituler aurait été trop simple. Alors, après moult hésitations, nous avons choisi de rapporter tout de même quelques uns des propos de Messire Guillaume Depardieu, star quasi estampillée «Academy », à présent. Qu’il est loin le temps de Tous les matins du monde...


Pourquoi avoir choisi Marc-Olivier Fogiel pour ce livre d’entretien ?
Parce qu’il reflète le mieux l’inconscient populaire. On m’a proposé de faire une mise au point par rapport à ce que les journalistes racontaient sur moi. Je voulais dire une fois pour toutes ce que je pensais. Faire taire tous ceux qui ont écrit des conneries sur moi. Ça ne m’a jamais intéressé… Ces ramassis de mensonges. Je suis né avec une célébrité alors que je n’avais rien demandé.

Alors il s’agit d’une forme de psychothérapie ?
Je fais une analyse depuis quinze ans comme ça je ne réponds plus aux questions qui parasitent mon travail…

Vous racontez que vous vous êtes prostitué. On a du mal à imaginer que vous ayez manqué d’argent.
Cliché ! Mon père n’a rien à voir. J’ai vécu ma vie tout seul. J’ai été amené à le faire mais pas pour l’argent, pour la curiosité. Je me suis laissé entraîner par d’autres, je voulais voir comment c’était.

Ce livre vous a-t-il donné des envies d’écriture ?
J’ai écrit un roman initiatique, Le Fait du roi. Il paraîtra à la rentrée prochaine. Je ne lis pas… On peut écrire sans lire et lire sans écrire.

Des projets à l’écran ?
Une société de production dans laquelle je vais jouer ou réaliser.

Comment choisissez-vous vos films ?
Il y a les bons et les mauvais scénarios. Cela fait partie du talent d’un artiste de savoir choisir.

© Propos recueillis par Corinne Bernard,  2004.

Tout donner, Guillaume Depardieu et Marc-Olivier Fogiel, éd. Plon.