26.10.08

Just a perfect poem

photo : © Jean-Benoît Kauffmann, www.jean-benoit.com
Avec Kosmopolis 08 c'était la fête de la littérature au CCCB, du 22 au 24 octobre dernier. Quatre jours plus près des livres avec en point d'orgue, la venue du mythique Lou Reed le 24 pour... Une lecture de poésie catalane.
Avec sa femme Laurie Anderson (en Duplex des Etats-Unis), les deux artistes-poètes ont délaissé Allen Ginsberg au profit de Joan Brossa, Salvador Espriu, Josep Carner et autres noms de la prosodie catalane. Ils ont proposé ici, à Barcelone, une lecture qui a eu lieu il y a un an et demi à New York dans le cadre d'une célébration de la Catalogne. A ce moment là, Lou Reed était accompagné de l'égérie du rock made in New York, Patti Smith. Plus de 1 000 personnes sont venues au CCCB écouter Lou Reed mais c'est Laurie Anderson qui l'a emporté avec ses manières suaves et sympathiques et sa diction parfaite. Tandis que Lou Reed semblait figé, moins à l'aise dans le rôle du lecteur que dans celui du musicien. C'était pourtant une nuit parfaite. Et si l'on ne saisissait pas toujours la teneur de certains poèmes abscons, la simple rythmique, les voix de Laurie et de Lou nous allaient droit à l'âme et au coeur. Car, au fond, la poésie n'est-elle pas aussi mélodie? Et bien qu'on préfère Lou Reed en chanson, la soirée avait quelque chose d'exceptionnel par sa couleur intime et mélodieuse. Et quel plaisir délicieux que d'entendre et de voir ces deux artistes complets de l'underground américain. Même s'il est loin le temps d'un Lou Reed flirtant avec le glamour et les frasques dandys d'un Bowie ou d'une Patti Smith. Loin aussi, l'époque du Velvet Underground porté aussi par John Cale et Nico. Le vieux Lou s'est assagi mais on ne lui reprochera pas d'avoir été un brin glacial avec son public ce soir-là. Peu importe son air austère, quasi-universitaire, après tout il était là pour lire des poèmes. Il est vrai que la poésie a toujours appelé au sérieux, au recueillement, plutôt qu'aux agapes. Donc, pas de critique Monsieur Lou Reed. Au contraire, il a choisi de s'effacer, de ne pas se poser en vedette pour laisser entendre les mots et uniquement les mots. Pour finir, une soirée mémorable qui donnait envie de relire les poètes.
© Corinne Bernard (parution sur le net : www.piloteurbain.com)

25.10.08

L'univers en photo

            Manolo Laguillo, La Trasera de la plaça Francesc Macia, 1980.
Humphrey Spender, Tram scene: Overhead Conversation, ca 1937-1938.
                 Berenice Abbott, Pike and Henry Streets, Manhattan, 1936. 
 Les Rambles, Barcelona, 1956 © Ramón Masats, Colección Foto Colectania.

L'expo "Archivo Universal", au MACBA jusqu'au 6 janvier, propose un choix de 2 000 photos par des monstres tels que William Klein ou August Sander. Des images de 1851 à aujourd'hui, témoignages des métamorphoses de la société. 


Archives Universelles, La condition du document et l'Utopie photographique moderne, est un voyage au coeur des villes et des hommes qui les animent, les façonnent. Une exposition importante où il faut compter plusieurs heures pour tout voir. Le thème de l'exposition est parti d'un projet sur l'évolution urbaine de Barcelone. Différents photographes ont été chargés de rapporter des images des transformations de la ville au cours de notre siècle. La photographie comme document témoin des métamorphoses topographiques, sociales et politiques. Avec ce postulat de départ, le MACBA a réuni des photographies vintage et contemporaines de photographes aussi illustres que Dorothea Lange, August Sander, Robert Adams, Henri Cartier-Bresson ou Walker Evans. On apprend beaucoup sur l'histoire (à travers, par exemple, les images de propagande communiste de l'ancienne URSS, ou de la Guerre civile espagnole). Déployée sur deux étages du musée, on démarre avec les photos de Lewis W. Hine montrant des vendeurs de journaux ou des mineurs américains des années 30. Harold Corsini et Aaron Siskind ont aussi photographié les habitants de Harlem à la fin des années 30. Avec la rue pour décor, on découvre le quotidien des familles d'ouvriers. Plus loin, la célèbre mendiante aveugle de Paul Strand arborant une pancarte « Blind », photo datée de 1916, et qui possède toujours cette force de domination sur le spectateur. En 1933, Henri Cartier-Bresson, éblouissant toujours, immortalise des enfants de Séville jouant à côté des ruines d'un immeuble.
Barcelone en marche

Au premier étage, les dernières salles sont consacrées à Barcelone et à l'éclectisme de ses différents arrondissements, les "district". Le photographe Français Patrick Faigenbaum offre de nombreux clichés actuels sur le quartier populaire de Besos. Des photos couleurs immergées au coeur des bâtiments et des habitants. Et, à mille lieues de là, les portraits décalés de personnalités politiques catalanes telles que le maire de Barcelone Jordi Hereu. Des grands formats qui rappellent ces vieux portraits de familles bourgeoises aux postures hiératiques. En 1979, Manolo Laguillo a capté la « Naissance de la Diagonal » tandis que l'Argentin Humberto Rivas s'intéressait aux décors de vitrines des boutiques de la ville. Des vitrines qui ont des airs de décor de théâtre. Archives Universelles est une exposition monumentale accompagnée de films, de documents divers et d'ouvrages illustrés par les photographes. Une somme d'archives visuelles, de mémoire du monde, portée par les plus grands noms. Sans aucun doute l'une des expositions majeures de cette année.

© Corinne Bernard (paru dans Pilote Urbain, novembre 08)


« Archivo Universal, la condicion del documento y la utopia fotografica moderna », au MACBA, jusqu'au 6 janvier 2009. Fermé le mardi.