28.11.08

Le Basquiat du Raval

Jean-Claude Rodney a des airs de Jean-Michel Basquiat. Comme lui, il vient de Haïti, comme lui, il peint dans la rue. Excepté que lui, y dort aussi. Rencontre avec un peintre de talent.

Débarqué à Barcelone il y a trois mois à peine, cet artiste peintre ne semble pas avoir froid et, malgré les dix degrés affichés au thermomètre ces jours-ci, il peint dehors, là où il a élu domicile.  Sa maison, elle est aux abords du MACBA, dans le Raval. Les mauvais hasards de la vie. « Je suis arrivé ici avec une soixantaine de toiles, on m'a tout volé les premiers jours. Je me suis retrouvé sans rien. Il a fallu que je trouve de la peinture, du bois, des toiles, des pinceaux... J'ai tout trouvé dans la rue, ici. » Avant Barcelone, Jean-Claude menait une vie moins marginale. « J'ai vécu pendant des années en Italie, j'étais marié à une italienne. J'ai un fils de 14 ans avec qui je suis toujours en contact ». La famille italienne a mal accepté ce mariage mixte... Alors il a choisi de partir. « Je recherchais la chaleur. Tout le monde me parlait de l'Espagne et de Barcelone... » Si vous passez par la rue Montalegre, vous le verrez, le pinceau à  la main, parmi ses toiles. « Je me réveille chaque matin à six heures et je peins toute la journée, ça m'empêche de sombrer. En Italie j'avais un foyer et j'exposais dans des galeries » raconte-t-il, le sourire aux lèvres. Car il n'a pas d'amertume, ne se plaint pas de sa vie « dehors » , sans toit. La peinture, c'est toute sa vie: « C'est de la joie! », comme il dit. Mais comment fait-on pour ne pas perdre l'inspiration quand il fait trop froid? « Je pense que la peinture me donne du courage et peut-être une force intérieure. Et puis j'ai beaucoup de patience ». Notre Basquiat du Raval n'est pas du genre dépendant, sa drogue, c'est la toile. Des toiles aux couleurs vives inspirées de son enfance à Port-au-Prince: « J'ai quitté Haïti  quand j'avais 14 ans mais je ne l'oublie pas ».  Il possède un vrai talent, ses toiles méritent qu'on s'arrête. Du jaune, du rouge, du vert... Des femmes de Haïti au marché aux épices et d'autres souvenirs de là-bas. Jean-Claude Rodney aimerait rester à Barcelone: « J'aime cette ville et je voudrais y travailler, vivre de ma peinture »  C'est tout le mal qu'on lui souhaite... qu'il connaisse le succès de Basquiat.

© Corinne Bernard (parution dans Pilote Urbain, janvier 2009)

Photos : © Jean-Benoît Kauffmann

24.11.08

Transformations de la Chine

Photo: © "Nouvel an" Xstream Productions, Ltd. CCCB/Cité de l'Architecture et du Patrimoine.                                                                                 Photo : © Changqin, autoroute, Li Lang, 2004.                                                                                        Photo : © Pékin, José Antonio Soria, 2004.                   Photo : © Comité municipal de compilation des annales locales de Suzhou, 1930.

La Chine et ses transformations... « En la ciudad China, miradas sobre las transformaciones de un imperio » montre l'urbanité et ses métamorphoses à travers la construction mais aussi la destruction. À découvrir au CCCB jusqu'au 22 février 2009.

Les vieux quartiers des gigantesques Pékin et Shanghaï sont rasés pour faire place à l'urbanité verticale. Les buildings poussent comme l'herbe folle. Il faut bien loger les habitants du pays le plus peuplé au monde... Et puis, il y a le prestige de ces villes radieuses, il y a eu les J.O de 2008. Il fallait cacher la misère des vieux quartiers pour ériger la nouveauté, la modernité, la propreté et la netteté géométriques de l'architecture d'aujourd'hui. Le monde entier a les yeux rivés sur la Chine, la grande rivale. Celle qui prospère de jour en jour. Celle qui a grandi à une vitesse record. Une Chine puissante qui fait couler beaucoup d'encre en raison de ses failles politiques (le Tibet, le musellement de la presse...). La Chine, comme le Japon, a cette particularité de juxtaposer passé et actualité et d'émouvoir par ses contrastes originaux. L'exposition, déployée sur une dizaine d'espaces consacrés à cinq grandes villes (Suzhou, Xi'An, Chongquing, Canton, Shanghaï), et différents thèmes (le jardin, l'écriture, la terre, l'eau, le fengshui, la famille...) montre bien cette ambivalence. On y découvre des objets, photos, archives et courts-métrages qui rendent compte de l'évolution du pays. Dans la première salle, la reproduction des six stèles de Suzhou (province de Jiangsu), sont d'une importance historique, ils représentent la naissance et l'évolution des villes. On y voit le plan de Pingjiang, gravé en 1229, mais aussi une carte de la Chine gravée en 1247 ou encore une vue du ciel datant de la même année. Dans le deuxième espace, consacré aux jardins, une vidéo montre une jeune femme jouant de la cithare dans un jardin traditionnel. L'espace consacré à l'écriture propose, entre autres,  un petit cours de calligraphie grâce à une vidéo très ludique. Le premier espace consacré à une ville chinoise concerne Suzhou, cité impériale, celle qu'on appelle « la Venise de l'Orient » car elle est entourée d'eau. A voir, le sublime court-métrage  « Cry a river » du cinéaste Jia Zhangke, Lion d'Or au Festival de Venise 2006 pour le film « Still life ». Cinq courts-métrages de jeunes réalisateurs chinois jalonnent l'expo. Chacun d'eux raconte une histoire se déroulant dans l'une des cinq villes mises en relief. 

Construction et destruction 

Xi'An, ancienne capitale, est célèbre aujourd'hui pour ses 8 000 soldats de terre cuite. En moins de dix ans, cette ville a été totalement transformée, seul le quartier musulman subsiste et quelques monuments tels que  la Tour de la Cloche ou le jardin des stèles. L'espace consacré au fengshui rend compte de son importance pour les artisans. Depuis les temps anciens, les maisons sont construites selon les règles du fengshui. On peut voir différents objets utilisés par les artisans, ainsi, la règle de Luban, instrument de mesure indispensable si l'on veut respecter la tradition du fengshui. L'espace consacré à la famille aborde, l'évolution de la cellule familiale et de son foyer. Différents artistes contemporains ont photographié des familles dans leurs habitations d'aujourd'hui et d'hier. Des lieux de vie en passe d'être détruits (comme ces portraits touchants d'une communauté dont on va raser l'immeuble). Shanghaï se prépare pour l'Exposition Universelle de 2010. Quelques photos montrent le début des travaux sur le site où elle se déroulera. Encore un rendez-vous majeur pour l'essor et la notoriété de la Chine, après les J.O. Cette mégapole ne cesse d'évoluer, il paraît qu'il suffirait de s'installer à une fenêtre d'un immeuble pendant un mois à peine, pour distinguer pleinement les changements de la ville. Des buildings à perte de vue, Shanghaï est la ville verticale par excellence. Symbole de l'élégance et du raffinement dans les années 30, avec ses femmes vêtues de sublimes Qipao (la robe traditionnelle), Shanghaï continue de surprendre et d'étourdir par sa démesure. L'exposition pose une question primordiale : la Chine, dans son désir de modernité, évolue à toute vitesse, se débarrassant de ses vieilles frusques. Pour construire, elle détruit les anciens édifices, rase des quartiers entiers... Bientôt, il ne restera aucune empreinte des villes passées... Les Chinois devront-ils alors s'en féliciter ou, au contraire, pleurer la perte d'un patrimoine architectural ?

©  Corinne Bernard (parution sur Internet : www.piloteurbain.com)

Exposition visible au CCCB jusqu'au 22 février 2009. Du mardi au dimanche, de 11h à 20h. Le jeudi, de 11h à 22h. Fermé le lundi. Gratuit les jeudis de 20h à 22h.

22.11.08

Manifestation étudiante


Photos : © Arnaud Dangerard

Les manifestations contre la réforme universitaire issue de la Déclaration de Bologne ont démarré plaça Universitat jeudi 20 novembre... Les étudiants accusent ce nouveau plan européen de vouloir privatiser les universités. Il devrait pourtant prendre effet en 2010... La manifestation a débuté dans une ambiance singulière. Les étudiants manqueraient-ils de dynamisme de troupe? Bon, alors o.k, on lit le journal entre deux banderoles, on se promène un peu, mais pas trop, et puis on va boire un coup............ Les manifs estudiantines auraient-elles perdu de leur ferveur, de leur enthousiasme soixante-huitard? Un coup d'oeil direct avec les images d'Arnaud Dangerard.

© Corinne Bernard

16.11.08

Rodtchenko, artiste multiple

Les travaux de Rodtchenko, touche-à-tout de l'avant-garde Russe, sont exposés à la Pedrera jusqu'au 5 janvier prochain. Gros plan sur un artiste sans limites de genre.

Organisée par la Caixa Catalunya, l'exposition fait écho à celle consacrée à Malevitch en 2006, grand manitou de l'avant-garde Russe. On y découvre l'oeuvre de Rodtchenko sous toutes ses facettes, de la peinture à la photo en passant par la sculpture et les affiches. Après un bref passage du côté du fauvisme entre 1912 et 1914, il se lance dans l'abstraction géométrique qu'il nomme la peinture « sans-objets ».  Il est à la recherche de formes pures. Il y a aussi le « Linéisme », combinaisons de lignes dans l'espace pour un graphisme on ne peut plus épuré. Rodtchenko va bien au-delà de l'abstraction pour une nouvelle vision formelle du dessin. Au début des années 20, il fait partie du groupe expérimental Zhivskulptarj qui  travaille sur des projets architecturaux. Puis, vient le constructivisme. Né à Moscou en 1921, ce courant réunit peintres, sculpteurs, théoriciens et architectes. Ils conçoivent l'art comme une construction en trois dimensions et non comme une simple composition sur toile. Rodtchenko se lance alors dans la sculpture et crée sa série de constructions spatiales. Des mobiles tridimensionnels et géométriques. Lors de l'exposition « 5x5=25 », à l'automne 1921, Rodtchenko montre ce qui sera l'une de ses oeuvres majeures, un triptyque représentant les trois couleurs primaires: rouge pur,  jaune pur et bleu pur. En 1922, il réalise des affiches politiques à la gloire de la Russie rouge, des affiches publicitaires et de cinéma. Il travaille pour des éditeurs à la réalisation de couvertures et pour la revue futuriste Lief. En 1925, il rencontre le poète et dramaturge Vladimir Maïakovski pour lequel il illustrera des ouvrages tels que Pro Eto, recueil le plus célèbre de l'auteur russe. La même année, il monte le pavillon soviétique pour l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de Paris et propose son projet de Club ouvrier. Où les loisirs des ouvriers apparaissent comme une activité collective à l'opposé d'une société individualiste. Tout à fait dans l'air du temps. Le club, aux lignes géométriques propose différents espaces pratiques pour la lecture de revue ou de littérature. 1922 signe une nouvelle étape de sa création en abordant la photo. Il démarre par des collages et photomontages pour aboutir à la photographie pure. On y retrouve son goût des lignes et des perspectives graphiques. Lorsqu'en 1932 l'art libre et les groupes artistiques sont interdits, Rodtchenko est forcé de réaliser des photos pour des éditeurs étatiques. La Pedrera donne à voir une anthologie de cet artiste aux idées neuves.

© Corinne Bernard (parution dans Pilote Urbain, décembre 2008)

Exposition visible à la Pedrera (Paseo de Gracia, 92, Barcelona) jusqu'au 5 janvier 2009. Du lundi au dimanche, de 10h à 20h. Fermé les 25 et 26 décembre et le 1er janvier. Entrée libre.