26.2.10

Des gâteaux dans La Boîte à Couture







Tarte au citron, cheesecake, charlotte aux fraises... à croquer! La Boîte à Couture de Géraldine ressemble à s'y méprendre à une crème pâtissière. Et pour cause, elle crée des bijoux en forme de gâteaux! À croquer on vous dit.

Géraldine Klein a quitté sa Provence natale pour Barcelone il y a plus de quatre ans. Elle nous reçoit dans son atelier du quartier de Gracia. Un lieu chaleureux parsemé de formes joyeuses. Des poupées japonaises, une (fausse) pièce-montée rose, et sur sa table de travail, à côté de l'ordinateur portable, de la pâte Fimo pour des gâteaux en cours de fabrication. Tartes aux abricots, cupcakes, cheesecakes, gâteaux au chocolat ou « de princesses », aux couleurs improbables, biscuits Le Prince....  Dans des boîtes transparentes, une multitude de  bagues et colliers qu'on ne se prive pas d'essayer car ils sont vraiment alléchants, c'est le cas de le dire. La jeune femme de trente printemps revient tout juste d'un séjour au Japon. Elle y est allée pour découvrir Tokyo, y dénicher d'autres idées pour ses créations : « j'ai pour projet de fabriquer des mochis, je n'arrête pas d'en manger... ». Les mochis ce sont ces sucreries à base de pâte de riz et de haricots rouges et dont raffolent les Japonais. « Le Japon m'a fascinée. Il y a vraiment de quoi faire! j'ai même croisé une geisha! » lance-t-elle tout en nous montrant les trésors ramenés de son voyage. Livres de travaux-manuels, ouvrages à idées pour confectionner de nouveaux bijoux, pâtes improbables enveloppées dans des packaging aux couleurs acidulées, des colorants fuschia et vert pomme et autres « gourmandises » pour créer toute sorte d'objets. Et puis, un souvenir qui trône sur la commode : une petite poupée geisha très kawaï. Géraldine Klein travaille avec de la pâte Fimo, la fameuse pâte à modeler qui durcit au four. Son travail est minutieux, il s'agit de petits objets (bagues, pendentifs, badges, boucles- d'oreilles...) sculptés avec un Opinel. Chaque pâtisserie est savamment agencée de détails qui donnent l'eau à la bouche : comme ce petit gâteau à la fraise, très « babydoll », il est ciselé de crème chantilly et décoré de petits morceaux de kiwis, le tout couronné par deux fraises appétissantes. Très ludiques, et forcément proche de l'enfance, les bijoux de Géraldine ont aussi la propriété de mettre de bonne humeur et de vous rendre complètement accro.
« Mes gâteaux sont bien meilleurs en Fimo que dans la réalité »
Mais pourquoi des bijoux en forme de gâteaux? « J'ai fait l'école hôtelière, j'ai appris à faire des pâtisseries, mais je me suis vite rendu compte que ce n'était pas pour moi. J'adore les gâteaux mais je ne les réussi pas aussi bien dans la réalité que dans mes créations. Ils sont bien meilleurs en Fimo! » Géraldine quitte alors l'école pour se lancer dans ce qu'elle aime vraiment : créer des objets. « J'ai toujours fait des travaux manuels, quand j'étais petite, c'était la pâte à sel, le papier mâché... J'étais toujours meilleure en modelage qu'en dessin. Mon père est artisan, il m'a encouragée dans cette voie quand j'ai arrêté l'hôtellerie. Après un passage à vide et des vacances pour faire le tour de l'Espagne, je me suis dit qu'il fallait faire ça. J'ai parlé de mes créations à un blog de design anglais, ils ont aimé et ça a fait boule de neige. J'ai pu mettre en place ma boutique en ligne. Mon copain, qui est photographe et infographiste, m'a beaucoup aidée aussi pour la partie image de La Boîte à Couture, le logo, par exemple. » 
Des bijoux pour enfants? Pas seulement. « Une mamie de quatre-vingts ans a acheté mes créations! elles plaisent de 3 à 80 ans! ». La Boîte à Couture, le nom de sa boutique sur le net, parce qu'elle fait aussi de la couture et parce qu'elle est tombée dans l'une d'elles alors qu'elle était toute petite : « Je n'ai pas oublié la boîte à couture de ma grand-mère... je l'adorais car elle y avait mis des tas de boutons de toutes les formes, je m'amusais pendant des heures. Et puis, je continue à coudre, je me fais des vêtements, pas toujours réussis mais je les porte quand même... » souligne-t-elle en riant. La créatrice de bijoux a pour projet de trouver d'autres « recettes », comme les macarons, ces petits biscuits fourrés de ganache, le fin du fin, indémodables. Grâce à elle, on pourra aussi les porter. Attention, ces bijoux-là rendent totalement gourmand!

© Corinne Bernard, février 2010. (Parution : vivreabarcelone.com, fév.10)

La Boîte à Couture, boutique en ligne : La Boîte à Couture

24.2.10

La passion Fellini

Federico Fellini, Le Livre des rêves, rêve du 8 mai 1982. (Fondazione Federico Fellini, Rimini).

                                   Federico Fellini, mars 1955. Collection particulière, D.R.                           
 
                                 La Dolce Vita, 1960, photographie de tournage de Pierluigi. (DR, coll.Fondation Jérôme Seydoux-Pathé).


                      Anita Ekberg et Marcello Mastroianni, La Dolce Vita, 1960. Coll. Christoph Schifferli, Zúrich © Droits réservés.


L'univers néo-réaliste de Fellini penche du côté de l'illusion. Entre rêve et réalité. Dans les années 70, un analyste lui demande de décrire ses rêves. Il le fera sous la forme d'illustrations. Le livre des rêves, montre comme une évidence que Fellini a d'abord rêvé ses films. Il suffit de regarder quelques dessins aux femmes plantureuses évoluant dans un univers complètement baroque. La quintessence de ses films. Sa fascination aussi  pour Mandrake, ce mystérieux magicien créé par Lee Falk en 1934. Il tentera d'ailleurs de tourner un film sur ce personnage de bande dessinée, en vain. Alors en 1972, il propose une « fotonovela » pour Vogue, un roman-photo où Marcello Mastroianni apparaît sous les traits de Mandrake. Il en va de même pour Mastorna, en 1969 qui ne verra pas le jour. Mastorna est un homme étrange qui a des connexions avec l'au-delà, Fellini aura à peine le temps de tourner quelques plans avant de tomber gravement malade. Ces deux personnages ont un lien direct avec le monde de l'illusion, car Fellini est fasciné par ce qui n'est pas réel comme il peut l'être par les prostituées, bien réelles. Cette double connivence avec le rêve et la réalité donne le ton fellinien. C'est sa marque de fabrique.
"Je veux montrer"
Puisées dans une sorte de réalité fantastique, ces énormes italiennes, ces mamas trouvées dans les familles italiennes. Ailleurs, des visages extraordinaires inspirés des « grutesque » (les grotesques) du XVe siècle. Et puis, des scènes de repas orgiaques à la façon des trattoria où les assiettes de pasta débordent. Des restaurants où le réalisateur va pour manger, mais aussi pour observer les clients, ces gloutons du plaisir romain. C'est ainsi qu'ils apparaissent dans bon nombre de ses films. « Je ne veux pas démontrer, je veux montrer », disait Fellini. Ainsi, il réinvente des personnages qu'il a rêvés ou observés, des caractères sublimes, (la femme -Vénus jouée par Anita Ekberg dans La Dolce Vita, 1960), ou caricaturaux, (la buraliste à l'énorme poitrine, Maria Antonietta Buzzi dansAmarcord, 1973). L'excès, la démesure, la caricature (les prostituées des Nuits de Cabiria, 1957) fascinent le cinéaste et mettent à l'épreuve le spectateur. On ne reste pas indifférent à Fellini. C'est ainsi qu'il s'attire les foudres du Vatican pour avoir osé reproduire au début de La Dolce Vita, un fait divers lu dans la presse : la statue du Christ survolant le ciel en hélicoptère... mais on  ne rit pas avec les icônes. Peu importe, cette séquence reste dans la mémoire des cinéphiles.
L'invention du paparazzi
Dans les années 50, démarre la mode des stars sollicitées et suivies par une certaine catégorie de photographes. Intrigué par ce nouveau phénomène, Fellini invente le mot paparazzi avec le personnage nommé Paparazzo, un photographe de presse de La Dolce Vita. Il s'inspire aussi de la scène : le music-hall, le théâtre, et plus particulièrement le cirque. Sa passion pour les clowns et autres fantaisistes est visible tout au long de sa carrière. L'exposition donne à voir de superbes portraits de Giulietta Masina dans La Strada (1954) qui traite du sujet (on le sait, l'actrice fut l'égérie et l'épouse de Fellini jusqu'à sa mort, en 1993). Le cirque et le music-hall sont abordés dans d'autres films, comme La Dolce Vita (la scène extérieure où Anita Ekberg danse sur un air de rock). La théâtralité, notamment au travers des décors, est aussi récurrente dans son oeuvre, on le voit, par exemple dans  Satyricon ou dans Casanova (1976), interprété par Donald Sutherland. Un Casanova comme on l'a rarement vu. Fellini déteste tant la personnalité du libertin vénitien qu'il choisit de l'enlaidir. Il le montre ainsi dans toute sa faiblesse. Le film est proche du théâtre par son imagerie (tout comme Intervista, 1987) où l'on vogue toujours entre rêve et réalité dans des décors de théâtre (en 1982, Fassbinder fera de même avec Querelle). Le néo-réalisme dans son éclat scénique. Il apparaît évident que la scène, qu'elle soit théâtrale ou provenant du cirque, fascine le cinéaste. La culture populaire dans tous ses états. La légende dit que Federico Fellini a quitté Rimini, sa ville natale, pour suivre un cirque. Ce qui est faux et archi-romancé, bien sûr. Il s'installe à Rome en 1939, il a dix-neuf ans. Il est alors caricaturiste et illustrateur de presse. Il dessine des vignettes humoristiques, pour des journaux tels que 420 ou El Corriere della Sera. Il souhaite en faire son métier. En 1945, il rencontre Roberto Rossellini et devient son co-scénariste. C'est ainsi qu'il met le pied à l'étrier sans pour autant abandonner tout à fait l'illustration qui reste sans aucun doute une autre source d'inspiration pour ses films. C'est en 1950 que commence l'aventure cinéma...
Laboratoire visuel
L'exposition est organisée et produite par Fundacio Caixa Barcelona, NBC Photographie,  la Fondation Fellini pour le cinéma (Sion), La Fondazione Federico Fellini (Rimini) et la Cineteca di Bologna. Sam Stourdzé, commissaire de l'événement, a conçu un laboratoire visuel fait de photographies, d'extrait de films, de documentaires, de coupures de presse et d'affiches. Un parcours savamment conçu pour connaître les rouages felliniens dans leurs grands traits. En France, l'expo intitulée La Grande parade devient ici Le Cirque des illusions (El Circo de las ilusiones). Les deux titres soulignent la passion de Federico Fellini pour le cirque et la fantaisie. Plus de quatre-cents documents pour un parcours divisé en quatre grands thèmes (« La culture populaire », « Fellini à l'oeuvre », « La cité des femmes », « Fellini ou l'invention autobiographique ») prolongés par d'autres motifs tels que la religion, le cirque, les grotesques, les prostituées... On y verra une multitude de photos de tournages où prédomine La Dolce Vita puisque le film phare de Fellini fête ses cinquante ans cette année.

© Corinne Bernard, février 2010 (parution : www.vivreabarcelone.com, fév.2010).

Federico Fellini, El Circo de las ilusiones, exposition visible jusqu'au 13 juin 2010, à la Caixa Forum (Avda. Marquès de Comillas, 6-8, M°Plaza de España), Barcelone.