26.6.12

Tours et gratte-ciel... viser les hauteurs

World Trade Center, Minoru Yamasaki, 1966-1973, New York.
© Du Zhenjun, Winds, photomontage, 2010.
© Louis-Émile Durandelle, tour Eiffel en construction, sept.1888.
                                                                       


L'exposition Torres y Rascacielos, de Babel à Dubái (Tours et gratte-ciel, de Babel à Dubaï), présentée à la Caixa Forum de Barcelone, propose une mise en relief des géants verticaux qui forment le décor des villes depuis le XIXe siècle. À voir jusqu'au 9 septembre 2012.

Toucher le ciel est un désir avoué des hommes depuis le mythe de Babel jusqu'à la tour Burj Khalifa, la plus haute à ce jour, érigée à Dubaï en 2009. Le rêve de Babel est celui d'atteindre les sommets. Rêve d'excellence et de domination raconté ici à travers sept espaces dont le point central est la mise en miroir de la tour de Babel reproduite en maquette réalisée par l'École d'architectes de Sant Cugat (Barcelone), avec son pendant impérieux de 828 mètres, la tour fuselée de Burj Khalifa. Autour de ces monuments de l'architecture imaginaire et réelle, on peut observer photos, peintures, maquettes, vidéos, dessins, interviews d'architectes. Les flèches des églises et cathédrales, Reims ou la Sagrada Familia, mais encore les minarets d'Istanbul et d'Orient...  où l'on voit que l'Église et les religions ont sans aucun doute été les premières institutions à souhaiter pointer le ciel de leur toute puissance. Autres lieux, autres raisons, autres démesures, à Chicago, XIXe siècle. Le grand incendie de 1871 met la ville en cendres et favorise la construction de gratte-ciel semblant à l'abri des flammes. Le premier sera le Home Insurance Building avec ses 42 mètres et ses 10 étages, érigé par William Le Baron Jenney. À partir de ces 42 mètres là, toute l'Amérique va rechercher la verticalité. Suivront les buildings new-yorkais, le Flatiron en 1902, dessiné par Daniel Burnham avec ses 87 mètres, ou encore le Woolworth Building et ses 241 mètres, oeuvre de l'architecte Cass Gilbert, en 1913. Viendront plus tard, le Rockfeller Center, en 1929, et l'Empire State Building. L'Europe est fascinée par ces tours vertigineuses tandis que l'Amérique jette un oeil passionné sur l'école du Bauhaus et l'Art Déco dont les architectes les plus avisés vont s'inspirer. Mies van der Rohe atteint une aura internationale, l'emploi des lignes épurées, du verre et de l'acier sont le pierres angulaires d'un travail qui inspirera des générations d'architectes et des constructions aussi grandioses que les Twin Towers (1966-1973, 417 mètres), de Minoru Yamasaki ou encore, la tour Sears (1970-1974), à Chicago. De Hong-Kong à Shanghaï, de Taïwan à Kuala Lumpur, chaque mégapole érige des buildings, signatures du progrès mais aussi des puissances bancaires et industrielles, pour la plupart (cf. pour l'Espagne, les tours du centre d'affaires de Madrid). L'exposition montre l'importance, la force et la beauté de ces villes verticales fascinantes. De même qu'aux États-Unis ou à Dubaï, pas une seule grande ville d'Europe d'hier et d'aujourd'hui n'échappe à cette montée vertigineuse. 

© Corinne Bernard, juin 2012. Parution : vivreabarcelone.com

Torres y rascacielos. De Babel a Dubái (Tours et gratte-ciel. De Babel à Dubaï), exposition visible jusqu'au 9 septembre 2012, à la Caixa Forum de Barcelone, av. Francesc Ferrer i Guàrdia, 6-8, Barcelone.
Du lundi au vendredi, de 10 h à 20 h. Samedi et dimanche, de 10 h à 21 h. Horaire spécial les mercredis de juillet et août : de 10 h à 23 h.
Entrée libre pour toutes les expositions.

1.6.12

Martin Parr : « Le monde est kitsch ! »



Spain. Barcelona. Park Guell, 2012.  
 © Martin Parr/Magnum Photo/Galería Espacio Mínimo.



Greece. Athens. Acropolis, 1991. 
 © Martin Parr/Magnum Photo/Galería Espacio Mínimo.


Spain. Madrid. The collection of Juanjo Fuentes in his Home, 2012. 
 © Martin Parr/Magnum Photo/Galería Espacio Mínimo.


Martin Parr expose ses photos et objets de voyages, au CCCB de Barcelone jusqu'au 21 octobre 2012. « Souvenir » dévoile le meilleur des images du photographe britannique, roi de la couleur saturée, avec entre autres, ses célèbres portraits de touristes dans la course folle à la photo-souvenir.

Il y a quelque chose d'euphorisant à regarder les photos de Martin Parr, les couleurs, les voyages, les monuments et sites touristiques en tous genres... avec ces gens exposés devant comme s'ils étaient eux-même une partie du lieu qu'ils veulent à tout prix photographier... Des touristes aux vêtements bariolés et siglés de marques internationales, aux chapeaux improbables, aux sacs à dos et sandales colorés. Des hommes et des femmes au bronzage orange ou marron... tout droit sortis d'une pub des années 70 ou 80. Bienvenue dans un univers qui a transformé une partie de la planète en un véritable empire du kitsch. Le couronnement du tourisme de masse propulsé au milieu des années 90 par les vols low-cost. Le globe terrestre à la portée de tous et surtout, à la portée d'un clic. Car, comme le rappelait Martin Parr lors de la présentation de l'exposition barcelonaise : «  Les touristes sont plus affairés à regarder le monument à travers leur viseur qu'à profiter du spectacle qui s'offre face à eux, à l’œil nu. » Mais que voient-ils ces gens d'Europe et d'ailleurs ? Le tourisme acquiert alors l'aura d'un objet de collection et c'est tout le propos de Martin Parr, lui-même collectionneur de toutes sortes d'objets rapportés de ses visites, dont on peut voit un échantillon au CCCB à l'occasion de cette exposition titrée « Souvenir ». Le photographe, à travers tous ses clichés sur le tourisme de masse, signifie avec force par ses fameux close-up et couleurs saturées, combien l'ancien voyageur est devenu à présent un touriste de groupes dans un univers ressemblant à un gadget chinois.
À Barcelone ou à Benidorm
En ce sens, Barcelone est très représentative de ce changement depuis l'explosion touristique post-olympique. Que reste-t-il en effet, de la Sagrada Familia et du Parc Guëll, que des milliers de gens brandissant leurs caméras et autres appareils photos pour immortaliser la cathédrale de Gaudi ou la Salamandre à l'entrée du célèbre parc ? Le photographe sait capter cette course folle à la collection de souvenirs de temples du tourisme low-cost. Mais, sans ironie ou moquerie, lui-même voyage beaucoup et s'identifie au touriste lambda. Son dernier séjour photographique date de mars dernier pour des clichés pris dans le temple d'Angkor Vat, au Cambodge. Autre lieu récemment promu objet du désir touristique massif et en passe de battre des records de groupes de visiteurs armés de bandoulières portant le nom des tour-operator. Armés aussi de l'appareil photo numérique. Arme numéro un pour épingler le site touristique. L'appareil photo qui consignera dans une image carrée ou rectangulaire les vestiges des anciens rois Khmers. Sur les plages de Benidorm, en Espagne, les huiles bronzantes à cramer les peaux claires de ceux venus du froid ou des Espagnols sans mer, sont aussi dégoulinantes que les platos combinados et tapas bon marché proposés le long des plages. Et les milliers de chiringuitos (paillotes) brandissent leur pancartes de menus écrits en allemand et en anglais face au défilé d'hôtels sans âme érigés au milieu des années 80 sur la côte méditerranéenne. 
Les souvenirs de voyages
Comment percevoir l'essence d'un pays s'il est observé avant tout comme une collection de photographies à commenter au prochain apéritif sans soleil ?... Il est loin le temps des cartes postales des années 50 et 60 collectionnées par Martin Parr. Le temps où les voyages étaient un événement et où l'on prenait le temps de regarder vraiment. Sans viseur et sans image digitale, les vestiges romains, les cathédrales et autres temples grecs des vacances. Aujourd'hui tout va comme avec le numérique et Martin Parr là aussi s'en amuse. Il donne à voir des autoportraits où il prend la pause aux côtés d'hommes qu'il n'a jamais rencontrés (Messi à Barcelone, Poutine en Russie...), de gratte-ciel qu'il n'a pas photographiés, à Dubaï. On sent toujours une forme de tendresse vis à vis de ce monde kitsch comme il le nomme lui-même. C'est ainsi qu'il a photographié la maison de son ami Juanjo Fuentes, à Malaga, Andalousie. Une maison où le kitsch a du coeur. Où Juanjo fait preuve d'un raffinement totalement surréaliste. Juanjo Fuentes est un homme joyeux comme sa maison réunissant une collection de bric-à-brac, de souvenirs colorés, sous toutes les formes. Du Made in China adulescent à la portée de tous et exempté du prix d'un vol aller-retour. Découvrir la maison de Juanjo, reconstituée en partie ici pour l'exposition, est une promenade menant au bonheur. Celui de l'objet souvenir avec ce qu'il comporte de simplicité naïvement jouissive. Cet homme-là distille la gaieté du vrai voyageur au long cours fier de partager ses trésors.

 © Corinne Bernard, juin 2012. Parution : vivreabarcelone.com

« Souvenir », photographies de Martin Parr, exposition visible à Barcelone jusqu'au 21 octobre 2012, au CCCB (Centre de culture contemporaine de Barcelone, C/Montalegre 5. Métro : Plaza Universitat).  http://www.cccb.org/es/
 
Ouvrages parus : - 100 photos de Martin Parr pour la Liberté de la presse (Reporters sans frontières, magazine nº39), en kiosque. - Catalogue de l'exposition : Martin Parr, Souvenir, photographie et collectionnisme, édité par le CCCB, en vente à la librairie du CCCB.