29.11.16

El perdido



Entre une société brinquebalante et la possibilité de relire Rousseau et David Thoreau, la nature est une ouverture à la mode. Dans un monde chaotique où l’on respire de moins en moins bien (dans tous les sens du terme), un homme est sur le point de se suicider. Un fusil, une balle dans la gorge. Seul, désespéré, dans une montagne déserte en automne. Car l’automne sied bien au désespoir. C’est en apercevant un cheval au bord d'un ruisseau au loin… que le héros du film, seul comédien de ce huis clos à ciel ouvert, a comme une vision heureuse, un sursaut de vie… Cet homme sans nom et sans voix, va retrouver le goût. Retrouver la vitalité à travers un périple dans cette superbe montagne catalane. Ses sous-bois, ses étangs et ses prairies. 

La vie dans les bois

Au gré des saisons, il s’alimente comme il peut, se réchauffe comme il peut, s’abrite de la pluie sous les rochers. Il se construit même une cabane à l’aide d’outils qu’il trouve dans une vieille grange.
Tout le film est une odyssée à l’intérieur d’un homme coupé du monde de béton. Mais pas si seul… La nature devient sa compagne. Contrairement au tragique Into the Wild (Sean Penn, 2007), El Perdido, inspiré d’une histoire vraie (comme Into the Wild), est une ode au bonheur nu, à la tranquillité, à la solitude salvatrice, à la vie dans les bois, pour citer Henri David Thoreau. Et celui qui voulait perdre sa vie, la retrouve mieux que jamais au fil des saisons au sein de la nature.

Une histoire sans paroles

Une histoire où l’on entre, ou pas. Si l’on est un amoureux des dialogues au cinéma, on ira voir autre chose. Le film est de bout en bout silencieux, le comédien Adri Miserachs n’émet même aucun son durant 1 h 40 de pellicule. 
Mais si l’on apprécie de se laisser bercer par la beauté de la nature (et les sons qu’elle produit), on ne manquera pas d’aller voir cet opus singulier.  Et, malgré quelques clichés (les visages  de philosophes grecs découpés dans de vieux journaux et que notre héros épingle dans sa cabane…),  El perdido est une belle réflexion sur la condition d’humain, et sur ce que la nature nous enseigne, nous donne.
Au final,  le  film du Catalan Christophe Farnarier pose une question qui taraude beaucoup de gens par les temps qui courent : “Une immersion totale dans la nature pourrait-elle m’aider à mieux supporter la violence du monde ?...”


© Corinne Bernard, novembre 2016. Parution web vivreamadrid.com



El perdido, un film de Christophe Farnarier, avec Adri Miserachs. En salles en Espagne le 2 décembre 2016.